Assez!

Pas un jour de la semaine sans avoir entendu un récit relatant au mieux de l'irrespect, au pire de la violence autour de la naissance, parfois de la mort aussi.

Je suis une oreille attentive et on vient me trouver pour cela bien entendu, mais j'avoue que cette semaine, ma coupe est pleine !!!

Pour exemple, la suspicion abusive d'un infime problème détecté par ultrason chez un bébé encore in-utéro. L'examen était normal et quasi terminé jusqu'au moment où les parents annoncent leur désir d'enfanter à la maison.Le ton change, les paroles deviennent graves et plus rien n'est normal. Pour garder sous contrôle des parents jugés inconscients parce qu'ils souhaitent enfanter à domicile, le soignant pose le doute.

Des parents pourtant pas si irresponsables puisqu'ils ont tout de même suivi le cursus traditionnel en parallèle de leur projet de rester chez eux pour la naissance.

Être raisonnable les a perdus. Car le système ne peut tolérer qu'on ne lui fasse confiance et qu'on le remette en doute. Alors tous les moyens sont bons.

L'éthique est mise de côté.

Les postures changent, l'infantilisation et la culpabilisation mènent la danse.

Les questions pourtant justifiées des parents restent sans réponse, la prise de pouvoir est totale.

Ou comment instiller le doute et faire perdre pied. Qui serait assez fou pour oser ignorer un risque, même s'il est minime ?

De nombreux couples m'ont partagé les réactions disproportionnées et parfois imbéciles de soignants qu'ils défiaient par leurs questions pourtant pertinentes ou leur décision légitime et réfléchie.

Souvent des menaces ou des punitions.

Oui, nous sommes effectivement dans une relation infantilisante.

Pour exemple, cette future maman qui attend son premier enfant et qui refuse qu'on déclenche son accouchement sous le simple prétexte que c'est bientôt le weekend et qu'elle est presque à terme et que c'est plus sur car l'équipe soignante est au complet la semaine, au cas où…

Puisqu'elle refuse, on lui interdit la salle nature à laquelle elle avait montré un grand intérêt. Oui c'est puéril.

Des exemples comme ceux-ci j'en aurais des dizaines, des centaines même après toutes ces années. Nous sommes loin des situations exceptionnelles et anecdotiques. Et sans chercher les problèmes, arrêtez-vous sur votre propre expérience et… Oui, vous aussi vous avez vécu des expériences qui n'ont pas à être jugées normales, banales ou acceptable avec des sentiments désagréables, douloureux ou pire que cela.

Jamais je ne fermerai ma porte ni mon cœur à tous ces récits, là n'est pas le propos.

Mais je rêve du jour où mes visiteurs n'aient plus besoin de déposer leur souffrance.

Certain vous dirons que la parole se libère, alors évidemment, c'est un peu le raz-de-marée en ce moment, mais que cela va se calmer ensuite. Le soufflé va retomber. C'est la mode. Comme pour « me too ».

Quelle mode !!??

Vous trouvez tellement fun de chercher des exemples où on s'est senti violenté alors qu'on avait besoin d'être entendu ???

En plus, ça fout en l'air la belle image du soignant penché avec bienveillance sur le lit du patient, tout sourire tous les deux.

On est tellement loin de cela aujourd'hui.

Avons-nous été proche un jour d'ailleurs ?

L'approche paternaliste a toujours été une réalité.

Elle n'est peut-être simplement plus acceptée, mais n'a jamais été acceptable.

La parole est un peu plus libre, mais la grande majorité ne s'exprime toujours pas. Un silence de plomb garde sous couvert les maltraitances quotidiennes.

Pour plein de raisons d'ailleurs.

Entre trouver cela normal, avoir honte d'avoir autorisé la violence,

d'avoir ainsi été faible,

penser être une exception,

vouloir passer à autre chose,

sans compter que le plus souvent, les violences se déroulent dans des grands moments de vulnérabilité.

Ce qui se passe est révélateur de toute une société qui perd pied.

Que se passe-t-il vraiment ? Les actes et paroles perçus comme étant violent sont-ils vraiment plus nombreux qu'autrefois ?

Ou alors, sommes-nous plus sensibles et pleurnichards ?

Non, c'est vrai, il n'y a pas de raison d'accuser toujours du même côté, autant remettre en question tous les acteurs. Que ce soit les soignants qui abusent de leur supposée autorité, aux « patients » dont la simple dénomination relègue à l'attente et à la soumission. Je n'ai pas envie d'épargner qui que ce soit.

Parce que oui, je suis en colère. Celle qui peut parfois soulever des montagnes, celle qui fait donc bouger les choses. Parce que la colère qui consume l'intérieur, je n'en veux pas. C'est bien pour cela que je parle aujourd'hui, c'est ma soupape d'évacuation. Désolée pour vous !

Commençons par l'équipe qui joue à domicile, parce que c'est une partie du problème. Les soignants sont sur leur territoire, ils y évoluent comme s'il étaient les maîtres des lieux et c'est bien ce que tout le monde ressent.

La relation n'est déjà pas équilibrée. Elle pourrait l'être si l'accueil était véritable. Mais aujourd'hui, celui qui devait être au service impose ses règles et soumet.

Preuve en est la salle d'attente, ou le « patient » bien nommé, patiente.

Son temps n'a pas de valeur, il est à disposition. Peu importe le demi jour de congé posé à l'employeur ou le tarif horaire de la baby-sitter. L'organisation du patient reste son problème, sa disponibilité et sa flexibilité aussi.

Vous avez certainement l'exemple de ce médecin qui systématiquement a 30 minutes de retard. C'est de notoriété publique, cela dure depuis des années et personne n'a rien à redire. Sa clientèle ne diminue pas.

Il y a ceux qui n'osent pas changer par fidélité, même mécontents, ils sont à la limite de croire qu'un contrat les y oblige, on ne sait pas trop pourquoi. D'autres ont la flemme de rechercher un nouveau praticien, recréer une relation, et puis les places de parcs sont proches, c'est pratique.

Et il y a cette implacable réalité du manque crucial de cabinets. Je ne peux le nier, mais il serait un peu facile de se contenter de cela. Si l'offre est insuffisante, la demande est indécente.

Je pèse à peine mes mots. Le bon sens et l'autonomie ne font plus partie des comportements de base. Mais à qui la faute ?

A tout un système qui inculque la peur, le doute et démontre par tous les moyens que la science a toutes les réponses et qu'il serait fou d'oser s'en passer. Que le corps est faillible et faible. Que la maladie guette partout et tout le monde. La naissance et la fin de vie sont devenu des actes médicaux, ce qui est insensé. Naître est risqué, mourir est interdit.

Oui, je pars dans l'extrême, un défaut que j'assume, mais je sais revenir plus proche de la voie du milieu. Patience.

A force de faire signer des décharges et des consentements, à force de décider au lieu de demander, de « protocoler » au lieu d'adapter, le bon sens et la confiance ont disparus.

Jamais le soignant ne va se fier aux paroles du patient, c'est à peine s'il va l'écouter. Il mettra toute sa confiance dans les résultats des innombrables examens. Même s'ils sont en contradictions avec les paroles du soigné. Petit aparté, avec ce mot soi nier. Tout est dit. Nier le soi.

La technologie est bien plus fiable que l'humain.

Et ici, ce n'est plus moi qui flirt avec les extrêmes, mais tout un système qui a banni le bon sens, le savoir empirique et qui se fie uniquement à la technologie. Parce qu'elle est tangible et juridiquement prouvable.

Nous voici face à une première violence, ne pas tenir compte des paroles et des ressentis de la personne. Et sincèrement, qui mieux qu'elle peut savoir ce qui se passe en elle ?

Bon, il faut avoir une pointe de conscience de son corps, c'est vrai, et ce n'est pas ce qui est inculqué dans nos écoles, rarement dans nos foyers. Quand je vous dis que c'est tout un système qui est défaillant, l'instruction et l'éducation n'y échappent pas.

Mais il y a des situations dans lesquelles, peu importe les connaissances sur le corps, l'information donnée par la personne reste la base. Je prends pour exemple l'accouchement. Lorsqu'une femme déclare qu'elle ressent le besoin de pousser, qui est légitime pour affirmer le contraire ?

Eh bien, moi, je me suis sentie en droit de me permettre une telle réflexion lorsque j'étais sage-femme hospitalière. Et plus d'une fois en plus.

Simplement parce que mes livres et mes protocoles me dictaient un rythme standard et qu'il était inenvisageable que cela se passe autrement. Même l'expérience inverse ne me ramenait pas à reconsidérer mes acquis.

Et je ne manque pas de récits aujourd'hui. Rien n'a changé. Aucune remise en question, c'est trop déstabilisant.

J'ai encore dernièrement été confrontée à une femme enceinte de son premier enfant, une avocate de profession qui m'affirmait que j'avais tort d'imaginer qu'une femme puisse accoucher 20 minutes seulement après avoir vérifié la dilatation de son col qui était à 6 cm. On lui avait appris, de source sure, obstétricien ou sage-femme peu importe, que la dilatation du col était de 1 cm par heure. Comment remettre en question la parole de professionnels ?

Après plus de 20 années d'expériences et surtout, d'observation et de compréhension de la naissance physiologique respectée et non perturbée, je me fous des protocoles et des théories livresques totalement hors contexte. L'humain n'est pas une technologie.

Alors, répondre à une femme qui enfante, que non, ce n'est pas le moment de pousser, est d'une violence extrême. C'est nier ce qu'elle ressent pour commencer. Elle va alors douter de ses perceptions et malgré le bon sens, se fier au professionnel, qui lui sait puisqu'il a appris.

Le message sera imprimé pour le reste de sa vie, elle n'est pas capable de savoir et elle dépend d'une aide extérieure. C'est sournois, mais c'est ainsi que tout un système se justifie et se nourrit.

Et tout cela, c'est sans compter la violence physique, car avoir envie de pousser ça ne se contrôle pas. C'est tellement intense, la sensation de mourir n'est jamais loin. L'insécurité qu'impose une telle situation s'apparente à un traumatisme assez violent pour laisser des séquelles.

Mais qui s'en soucie, puisque la mère et l'enfant se portent bien au final ?

Se portent bien….

La mère se porte bien, elle est en vie. Elle vivra un baby blues carabiné, mais c'est normal. La dépression sera diagnostiquée a postériori. Sans faire de lien bien entendu.

L'enfant lui aussi se porte bien, il est en vie. Tout ce qu'il aura traversé lors de sa venue au monde est normale car normé. Les conséquences totalement ignorées, car tel est le cas de la physiologie. La normalité n'est plus la physiologie.

Couper le cordon immédiatement reste un acte systématique et jugé sécuritaire. Tout autant que de coucher une femme sur le dos pour l'accoucher.

Vous pouvez présenter autant d'études scientifiques jouant pourtant sur un pied d'égalité qui affirmeront le contraire, des études scientifiques autant qu'empiriques, et c'est toute une médecine moderne pourtant tellement archaïque qui vous rira au nez.

Qui se permet de remettre en doute des protocoles constamment adaptés selon des études fiables ? Qui ose tenter de déstabiliser un système qui fonctionne, même s'il va droit dans le mur ?

Ou comment deux univers diamétralement opposés ne peuvent s'entendre.

La science d'aujourd'hui est l'église d'autrefois, les enjeux sont identiques. Les hérétiques du moyen-âge sont les complotistes du 21e siècle. Dénigrer, bannir ou détruire pour ne pas être remis en question. L'autorité ne peut être défiée.

D'un côté, la science technologique de l'autre l'humain empirique.

En obstétrique, Toutes les études se basent sur des femmes qui sont déjà sorties de la physiologie simplement en entrant dans un hôpital. Si la naissance non perturbée requiert le minimum de stimulation du néo cortex, vous aurez compris qu'un autre lieu que la maison ne réponde plus aux critères. Les lumières artificielles, les odeurs de désinfectants, les bruits des appareils et des professionnels, la surstimulation verbale autant que tactile et j'en passe…

Tout est biaisé dès le départ. Les études démontrent alors ce qu'y est recherché. elles confirment les actions et les surveillances et c'est ainsi que la boucle est bouclée sans possibilité de sortit de ce cercle très vicieux qui conforte un système hors sol.

Oui, hors sol, car loin du vivant.

Paradoxalement en fuyant la mort, c'est la vie qui n'est plus accessible.

Parce qu'au-delà du besoin de contrôler, c'est la peur qui mène le bal. Celle de la mort, cette intruse qu'il faut maitriser à tout prix. Encore plus lors de la naissance. La mort n'est pas un acteur possible. La nier est une violence aussi.

Alors tout est permis. Toutes les violences sont autorisées au nom de la prévention. Tous les « au cas où » autorisent toutes les actions.

Au détriment des choix, des désirs et des besoins.

Les gestes et les protocoles sont exécutés sans question. Soumettez-vous, c'est pour votre bien. Les conséquences, aussi importantes soient-elles, sont considérées comme acceptables et bien moins graves que le risques de ne rien faire.

Ne rien faire…une insulte au progrès.

J'ai tenté de parler du « non agir », mais clairement, tous les esprits ne sont pas capables de dépasser le premier degré. Comment faire comprendre la différence entre intervenir systématiquement et sans discernement et agir de façon adaptée après avoir observé ?

Cela implique du temps, de la patience et surtout de tenir compte de l'individualité de chacun. il n'y a rien de plus imprévisible, donc incontrôlable.

Encore ce foutu contrôle. Ce levier que l'on désire maîtriser dans toutes les situations au risque de flirter avec l'idée d'être dieu.

J'aime vous rappeler que vous êtes le dieu de votre univers, mais pas celui des autres. La différence est là.

Nous sommes dans une époque bien complexe dans laquelle le vivant n'est plus au centre des préoccupations. Ce n'est pas une affirmation en l'air, malheureusement pas.

Ce qui occupe les esprits c'est la peur avant tout et la responsabilité juste derrière.

La peur d'être jugé responsable gagne la palme d'or !

Aujourd'hui, le premier enjeu est de se mettre à l'abri de tout risque juridique.

Et je n'invente rien en relatant les paroles de l'autorité médicale qui affirme avec conviction qu'aucun patient ne peut faire de choix qui mette en danger la pratique professionnelle du soignant.

Tout est dit ici encore. Le juridique prime sur le vivant. Le principe d'autodétermination, de droit sur son corps et ainsi officiellement bafoué.

C'est à l'opposé de mes valeurs. Je ne m'y suis jamais soumise, j'en assume les conséquences.

Ma pratique professionnelle est mise à mal, elle n'entre plus dans le cadre, elle n'est pas sous contrôle. Vous imaginez bien que l'autorité ne peut l'accepter.

De mon côté, je reste alignée avec mes valeurs et mon éthique. Peu importe. Je trouverai d'autres voies. Baisser les bras n'est pas dans ma nature. Et puis, si personne n'ose se rebeller, comment espérer le moindre changement.

Il ne suffit pas de crier haut et fort que c'est injuste. Ne rien faire c'est l'accepter.

D'ailleurs, je ne manque pas d'idées, dont celle de créer un collectif qui accueille, accompagne et informe sur les violences autour de la naissance, mais aussi de la fin de vie, parce que le débat est le même. Demander de signer une décharge aux proches d'une personne en fin de vie qui souhaite retourner à domicile est indécent et inhumain.

Proposer un espace loin des structures qui « prennent en charge des victimes ».

Hors de question de nourrir l'idée encore une fois de faire pour l'autre. J'exècre le terme de prise en charge vous l'aurez bien compris.

Oui, les centres hospitaliers offrent de plus en plus de lieux d'écoute pour les femmes ayant vécu des violences obstétricales. Mais lorsque cela se résume à expliquer et justifier les actes médicaux jugés mal compris et mal perçu par la patiente, c'est le coup de grâce pour elle. Reniée dans ses ressentis une seconde fois.

Je suis sévère, je l'admets. Trop catégorique sur une volonté de ne pas ignorer les malaises. Mais c'est un peu facile de proposer de telles structures sans remettre en question la source du problème.

Mais soyons bon joueur, car il faut de tout pour faire un monde et qu'il n'y a pas de réponse unique, c'est bien ce que je revendique.

De mon côté, je vais œuvrer pour accompagner des êtres qui ont vécu une situation de violence et leur proposer des chemins de guérison, qu'il soit physique, émotionnel ou juridique.

Créer un collectif dans une énergie vivante et novatrice.

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A quel moment la physiologie est devenue exception...

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Commentaires 1

Invité - Joëlle (site web) le samedi 9 mars 2024 16:02

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