A quel moment la physiologie est devenue exception ?


Ce billet n'est pas des plus joyeux, car il fait suite à une grande lassitude de voir de plus en plus à quel point nous nous éloignons de la nature, à tous les niveaux. La naissance n'y fait pas exception, de loin pas.

Le contexte autour de la naissance n'est pas radicalement différent aujourd'hui, il a glissé subrepticement au fils des ans. Je dirais presque sournoisement, parce que sous prétexte de progrès et de sécurité, c'est l'ultra contrôle et l'infantilisation qui ont eu le champ libre.

Je suis régulièrement l'oreille attentive de récits de naissances plus dépitant et révoltant les uns que les autres. Sans compter le nombre de conseils ou plutôt injonctions faites par les professionnels du domaine qui vont systématiquement à l'encontre du bon sens et surtout, des désirs de la femme.

Toute situation est devenue sujet à précautions extrêmes. Garder la femme enceinte sous un contrôle absolu pour ne pas risquer le moindre accro.

Comme si du jour au lendemain, après des millénaires, la naissance était devenue un risque vital incontrôlable, une bombe à retardement (expression souvent entendue de la bouche de médecins).

Alors ma question est la suivant :

à quel moment la physiologie est devenue une exception ?

Mais d'abord, c'est quoi « la physiologie » ?

Même ce mot n'est plus véritablement un centre d'intérêt, il est aussi facilement utilisé à tort.

« La physiologie étudie les fonctions de l'organisme à l'état d'équilibre dans un environnement spécifique. Elle met en évidence les mécanismes autonomes de régulation de l'organisme qui permettent de conserver un état stable et équilibré. »

Mais c'est le Dr Odent qui en parle le mieux à mon sens

« Il ne faut pas confondre « physiologique » et « normal ». Une attitude ou un comportement peuvent être considérés comme normaux dans un pays mais pas dans un autre. Le terme physiologique n'implique pas non plus que « cela doit se passer exactement de cette façon ». Le terme physiologique qualifie une référence dont il convient de ne pas trop s'éloigner. En s'éloignant au-delà de certaines limites de cette référence, on s'expose à des effets secondaires pathologiques ; et lorsqu'on doit s'éloigner de cette référence, il faut avoir constamment conscience de l'amplitude de cette déviation. Les physiologistes explorent ce qu'il y a d'universel, de transculturel dans les fonctions corporelles. Après des millénaires d'interférences culturelles, il est plus que jamais nécessaire de faire appel à cette perspective. » Michel Odent, l'amour scientifié

Lors de mes études de sage-femme, j'ai bien entendu appris la physiologie. D'ailleurs, il m'a été répété sans cesse que la sage-femme était la garante de la physiologie. Que c'était son champ d'action et sa place et que le médecin était là si la situation devenait pathologique.

Dans la réalité actuelle, la sage-femme n'a plus beaucoup d'espace entre les protocoles et la nécessité de suivre mille et une recommandations.

Comment encore voir la physiologie alors qu'il n'y a ni observation, ni individualisation ?

De plus, cette façon de prendre en otage l'obstétrique, ne permet à personne d'être témoin de cette physiologie. Elle n'est absolument plus connue, car plus vécue.

Le choc a été assez grand pour moi le jour où j'ai quitté le milieu hospitalier et que je suis entré dans le monde des enfantements à la maison.

Mes observations et mes ressentis me montraient tant de choses que je ne connaissais pas, après 10 ans de pratique de sage-femme tout de même !





J'ai navigué entre plusieurs émotions, la colère d'abord, avec le sentiment qu'on m'ait menti sur la naissance et que de ce fait, j'avais accompagné des femmes sans rien connaître.

La tristesse ensuite, de voir que la majorité des sages-femmes n'ont aucune idée de ce qu'est une naissance naturelle et physiologique. Mes récits de naissances (écoutez mon podcast « les explorations d'une sage-femme) en sont un bel exemple.

J'ai compris la naissance du moment où je suis devenue observatrice, ne pas agir est l'art de la sage-femme authentique, celle qui ne perturbe pas et qui a l'humilité et la confiance.

Mais il faut du temps pour cela et surtout, de l'expérience.

Et comment acquérir cette expérience dans un milieu ou rien ne permet la physiologie, absolument rien.

Puisque les conditions principales à une naissance naturelle sont d'abord l'intimité, la pénombre, le silence, des odeurs familières et un minimum de personnes présentes entre autres.

Soyons honnêtes d'admettre que cela n'arrive jamais en milieu hospitalier.

Ce qui veut dire que c'est alors tout le processus physiologique de la naissance qui est ainsi perturbé et qui devient totalement étranger aux professionnels qui eux restent la référence et « l'autorité » (encore un sujet à venir !)

Mais pourquoi est-ce si important que la naissance soit physiologique et naturelle et pourquoi ne pas profiter du progrès que l'on nous vend ou plutôt nous impose ?

Peut-être parce que notre besoin de contrôle et notre incapacité à être autonome nous jouera des tours dans pas si longtemps que cela.

Lors d'une naissance respectée dans sa physiologie, un cocktail d'hormones entre en jeu, dont la merveilleuse ocytocine, cette hormone de l'amour et de l'attachement. L'hormone de l'amour n'est pas anecdotique. Il est actuellement scientifiquement inimaginable d'ignorer son rôle et surtout son impact sur l'humain dans l'intégralité de sa vie. Le rôle de l'ocytocine lors de la naissance de l'enfant dans sa capacité d'aimer est absolument primordial.

Et qui mieux que le Dr Odent pour parler de physiologie ? Alors voici un extrait de ses écrits :

« En ce qui concerne l'avenir de l'amour, il n'est plus essentiel aujourd'hui d'opposer les accouchements par voie vaginale et les accouchements par césarienne. Il convient plutôt de proposer une nouvelle classification simplifiée de la naissance des bébés et des placentas. Il y a d'une part la naissance qui implique la libération d'hormones de l'amour. Il y a d'autres par celle qui n'implique pas la libération de cette hormone. Dans ce dernier groupe nous devons inclure non seulement les césariennes, mais aussi la naissance de bébé et de placenta contrôlé par des substituts pharmacologique des hormones naturelles

Les plus utilisés des substituts pharmacologiques sont les perfusions d'ocytocine de synthèse qui remplace la libération de l'ocytocine naturelle, la péridurale qui remplace la libération de morphine naturel et les injections de médicaments pour la délivrance du placenta, qui remplace le pique élevé d'ocytocine que les femmes sont censées libérer immédiatement après la naissance du bébé. Bien entendu, il ne s'agit là que d'une classification simplifiée économique. On pourrait compléter par des groupes intermédiaires de façon à inclure les femmes qui ont eu une césarienne qui ont reçu des substituts pharmacologiques alors que le travail était déjà très avancé. Dans ce cas, il y a eu l'amorce du flux hormonal, mais finalement le pic d'hormone de l'amour qui suit immédiatement la naissance du bébé a été inhibé.

Une telle classification, même simplifiée montre clairement qu'aujourd'hui le nombre de femmes qui donne naissance à leur bébé et au placenta grâce à la libération d'hormone de l'amour décroît progressivement partout dans le monde, et est même déjà presque négligeable dans de nombreux pays. Le nombre de femmes qui nourrissent leur bébé avec l'aide d'hormone de l'amour tend aussi à diminuer, il y a des facteurs étant du développement de l'artificiel. De plus, grâce aux conceptions médicalement assistées, les hormones de l'amour ne sont même plus nécessaires pour que les spermatozoïdes et ovules se rencontrent. La capacité d'aimer de l'humanité et dangereusement remise en question » - Michel Odent, l'amour scientifié

Que va devenir la génération issue de ces femmes qui n'ont pas enfanté naturellement ?

Pouvons-nous ignorer la possibilité que les filles de ces femmes perdent une part de leur capacité d'enfanter en étant née « artificiellement » ?

Cette question me semble essentielle et du coup la réponse a un impact sur ma pratique à domicile.

J'ai toujours eu confiance en la capacité de chaque femme à être autonome et en sécurité si je respectais leur intimité et ne perturbait pas le processus. Mais aujourd'hui, j'ai un petit signal d'alarme qui s'allume.

Et si la femme, malgré toute sa bonne volonté, sa bonne santé et un bon accompagnement, subissait les conséquences de la façon dont elle était née ?

Ce facteur-là mérite vraiment d'être pris en compte et étudié. Sous peine de se retrouver avec des situations qui se compliquent sans en comprendre la raison.

Ce qui me fait grincer des dents, c'est que cette hypothèse pourrait presque mettre de l'eau au moulin déjà bien rapide de tous les détracteurs de la naissance à la maison. Encore un argument pour ne pas prendre de risque diront-ils.

J'ai souvent du découragement devant l'ampleur du « désastre » humain qui se déroule sous nos yeux. Parce que ne nous leurrons pas, notre attitude générale vis-à-vis de la naissance a un impact certain sur notre humanité toute entière. Qu'on le voie ou pas.

Le chemin vers une version plus artificielle, mécanique, connectée et je ne sais quel autre « progrès » est déjà bien tracé.

Vous me trouverez peut-être alarmiste et défaitiste, et c'est vrai pour le côté alarmiste, mais défaitiste, certainement pas, sinon je ne serais pas en train d'écrire ces mots.

Notre pouvoir, c'est la connaissance. Alors si le monde médical refuse de voir la vie et son principe fondamental, individuellement, chaque femme et chaque homme peut s'informer, suivre son instinct, faire respecter ses choix et devenir autonome pour sa santé, y compris lors de la naissance.

Et oui, cela demande de prendre position, affronter des tempêtes, être jugé et culpabilisé.

Faire des choix différents implique des réactions pas forcément agréables de l'entourage et du corps médical. Soit, il faut mouiller son maillot. Mais je tiens à vous rappeler que ne pas faire de choix et suivre docilement ce que l'on vous demande de faire a aussi ses conséquences.

Il vous appartient de juger de quel côté va pencher votre balance intérieure.

Vous êtes le maître de votre vie

ET moi, à mon humble échelle, je peux continuer de communiquer, partager, proposer des idées et des enseignements.

Diffuser pour informer et permettre une plus grande autonomie. Pour rappeler que chacun est responsable de lui et que devenir un être souverain concerne tous les pans de nos vies.

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L’art de la joie – la liberté retrouvée
 

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mardi 27 février 2024

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