Récits d’une femme parfois sage

 

C’est à mon tour de raconter mes naissances…oui « mes », parce qu’il y en a eu 7.

Sept enfants, sept accouchements différents, sept naissances de différentes parts de moi. L’expérience d’une vie de femme et de sage-femme si étroitement liées.

Première histoire : j’échoue

Ma première aventure date d’il y a déjà 15ans dans une semaine exactement. J’étais diplômée sage-femme depuis 2 ans et travaillais dans un hôpital qui comptait environ 1000 accouchements par année.

J’aimais mon travail et ma façon de travailler. C’était technique et imprévisible. Chaque naissance était un moment d’excitation et de stresse stimulant. Et courir dans tous les sens, passer d’une césarienne à une menace d’accouchement prématuré, c’était palpitant et gratifiant quand tout « roulait ». Le monde médical me convenait bien. Et loin, très loin de moi l’envie d’accoucher autre part. Je n’étais pas inconsciente me dis-ai-je !

Alors voilà ce premier enfant qui s’annonce…j’ai 28 ans et me suis mariée la même année que l’arrivée de cet enfant. Une grossesse physiologique, assez émotionnelle toutefois. Beaucoup de larmes inexpliquées…mais une relation à ma mère assez compliquée et bousculante.

Je suis 5 jours avant le terme prévu au 24 octobre. C’est le matin, je me lève et « plop », la poche des eaux se rompt. Je me réjouis de cet événement qui annonce la naissance et suis bien contente que cela commence comme cela, c’est sans douleur ! Pour le moment….

Donc, aucune contraction à l’horizon. Je vais tout de même faire un monitoring et une échographie a la maternité où je travaille, c’est le protocole et je le suis.

Tout va bien…alors je demande à rentrer chez moi, contrairement au fameux protocole qui lui exige l’hospitalisation. Mais on me laisse rentrer.

Le soir même, mon mari et moi sommes allés visiter un éventuel futur appartement. La visite était prévue depuis une semaine et je me sentais bien. J’ai été prise d’un fou rire intérieur lorsque notre hôte me propose de m’assoir (vu mon état) et que je lui réponds que je me sens bien mieux debout. En vérité, je venais de monter quelques marches et cela avait suffi à provoquer une inondation dans ma culotte et il y avait un joli coussin sur la chaise qu’il me proposait….

Le lendemain, re contrôle car toujours pas de contractions…et je retourne chez moi car tout est ok.

Ce n’est que 48h après la rupture, sur la pression de mes collègues et un peu mon impatience aussi, que l’on me fait une bonne stimulation du col au doigt…et ça marche, les contractions arrivent rapidement et franchement assez douloureusement.

Je me souviens d’avoir assez rapidement perdu pied. Mon désir d’accoucher naturellement c’est vite envolé…mon col étant toujours en phase d’effacement et à peine ouvert, je supplie pour la péridurale. Ce qui fut chose faite. Nous étions en début de nuit.

La suite, totalement habituelle et prévisible ; une perfusion de syntocinon, des changements de positions multiples, mais uniquement alitée, une nuit assez paisible, car sans douleur. Mon mari a même eu le privilège d’avoir un lit à mes coté pour y dormir.

Arrive le petit matin et mes envies de pousser. Parce que bien sûr, mon bébé s’était installé en postérieur, donc son dos contre mon dos. Je suis à dilatation complète et je commence les poussées actives dans toutes les positions, même debout avec ma péridurale. Mais il ne se passe pas grand-chose. 

Il est environ 9h, cela fait plus de 2h de dilatation complète…mon gynécologue faisant un passage par-là me dit : « aller, on va en césarienne… »

Alors là, c’était hors de question d’avoir fait tout ça pour en arriver là ! Je pousse une grosse fois, mon bébé descend assez pour que le médecin l’aide avec les forceps. Et oui, j’en suis là !! Je me souviens de mon cri, non pas de douleur (un peu peut-être, mais j’avais une péridurale efficace et une anesthésie du nerfs honteux), mais de peur, de déception…

Il est 10h24 ce jeudi 21 octobre 2004, Timeo fait son premier cri, il va tout bien. Il pèse 3780g et mesure 53cm. Je suis maman pour la première fois. Je n’ai pas réussi à accoucher, il a fallu m’aider…c’est le début de mon histoire de maman. Etrangement banale, mais tellement importante. J’ai compris l’importance du vécu d’une naissance. Cela s’inscrit à vie dans la chair, l’âme et le cœur d’une mère.

2ème histoire : j’ai peur

Mon second enfant s’annonce rapidement après, comme nous l’avions désiré. Et l’allaitement ayant été la suite logique d’un tel accouchement, mon fils prenait plus de biberons que mon sein après 2 mois déjà…retour de couche rapide, grossesse bienvenue.

Le terme est prévu deux jours plus tard que pour mon premier, donc le 26 octobre. 

Je suis à un jour de plus déjà. Une grossesse assez simple. On me dit qu’il y a beaucoup de liquide amniotique, que le bébé est haut et qu’il serait bien plus sage de rompre artificiellement la poche sous contrôle plutôt que de prendre le risque d’une procidence du cordon….et allez hop, moi ca m’arrange, je suis une impatiente !

J’ai le droit à une perfusion de syntocinon, les contractions arrivent gentiment, supportables… la poche est percée par mon gynéco…et tout va bien. Me voila a 6cm de dilatation avec des contractions très gérables, mais une peur énorme de l’expulsion. Je doute de moi, ma collègue me fait plaisir et accepte la pause de péridurale. 30 minutes après, j’ai envie de pousser et 2 poussées plus tard, Tessa est là ! Nous sommes le 27 octobre 2005 il est 19h13. Elle pèse 3990g et mesure 51cm. Un beau bébé. Mon périnée n’a qu’une petite déchirure, alors que la première fois j’ai eu une épisiotomie.

Et cette fois j’allaite ma fille pendant 6 mois (bon, avec crevasses, mastites, mycose…).

Ensuite, je reprends le travail à la maternité et tirer mon lait je n’y arrive pas.

Les années passent et moi, je me transforme. Je ne saurais dire exactement pourquoi, mais la physiologie s’imposait à moi. Je réussissais à suivre mon instinct et à accompagner les femmes pour des naissances très naturelles même à l’hôpital. 

3ème histoire :  je réussis

Je suis enceinte de mon 3ème enfant. Je ne veux plus accoucher à l’hôpital. Je suis en confiance, alors je visite une maison de naissance. Mon mari me suit, il me laisse décider et je l’en remercie encore aujourd’hui.

Je repars de cette visite en larmes…pourtant le lieu est beau, accueillant et la sage-femme sympa, mais je ne me vois pas y accoucher. Alors, une évidence s’annonce à moi : c’est à la maison que j’accoucherai et les larmes cessent.

Je suis alors accompagnée par la seule sage-femme qui pratique à domicile dans mon canton. Une grossesse encore une fois sans problème. Cette fois, c’est exactement une semaine avant le terme que je perds les eaux. Un soir de demi-finale de coupe du monde de football. Les contractions arrivent avec le début du match. Mon mari n’était pas un fan de foot mais c’était la coupe du monde tout de même me dit-il !

Assez rapidement je me suis mise dans ma bulle et dans ma piscine par la même occasion. Le travail avance assez vite. Mais je fais une pause vers 6cm de dilatation…j’ai peur…mon mari me le reproche d’ailleurs sur le moment, je me sens seule, je pleure…c’est la désespérance.

C’est le chambardement peu de temps après, j’ai envie de pousser, j’ai peur mais mon corps prend le dessus. Je suis accroupie appuyée sur le rebord de la piscine. Je pousse 2-3 fois…Tiana sort, il est 0h52, elle pèse 4090g pour 52 cm, nous sommes le 11 juillet 2010 et c’est le jour anniversaire de mon frère. Je suis fière de moi. J’ai découvert ce que c’était accoucher. Ce fut mon sentiment ce jour-là. D’avoir réellement accouché.

Et lentement, ma transformation continue…la physiologie prend la place qu’elle mérite. Même dans mon travail (je suis encore à l’hôpital), je m’éloigne tant que je peux de la rigidité des protocoles, on me fait confiance le plus souvent. Fini les accouchements instrumentés et les césariennes d’urgence. Plus on me laisse tranquille avec la future maman, mieux ça se passe.

4ème histoire : je doute

Une année plus tard, mon 4ème accouchement se profil. On ne change pas une équipe qui gagne. Ça sera à la maison avec ma collègue sage-femme.

Je dépasse le terme de 3 jours cette fois. Une suspicion de rupture de la poche des eaux, un germe Streptocoque présent et c’est le protocole qui s’enclenche, même à domicile. Je suis le mouvement, je n’ai pas encore la présence d’esprit d’avoir une approche plus critique et raisonnée. Alors, c’est pause d’une perfusion d’antibiotiques et le début de l’attente des contractions. Qui finissent par arriver dans la soirée. Je passe la nuit avec des contractions bien douloureuses, mais pas très efficaces. Je me souviens d’avoir été seule face à moimême. Une sage-femme un peu désarçonnée de cette situation qui n’avance pas, un mari peu présent et agacé (nous divorcerons par la suite, nous évoluions différemment).

Au petit matin, la sage-femme me propose de franchement rompre cette poche qu’elle sent tout de même. Pour un 4ème, ça devrait aller vite ensuite !

Que dalle ! je suis toujours à 5-6cm de dilatation après la rupture, mais cette fois les contractions sont insupportables. Et depuis le début du travail, j’ai une boule au ventre. Inexplicable. Je n’ai pas peur, je sais que je peux, mais cette boule me dit qu’il y a quelque chose. C’est fou comme chaque émotion, chaque geste, chaque parole a une telle importance dans ces moments. C’est maintenant seulement que j’en vois l’ampleur.ma sage-femme s’inquiète de mon inquiétude. Mon mari me laisse décider et moi je me sens seule, alors j’abandonne. Je veux une péridurale ! cette fameuse désespérance…que je ne connaissais même pas alors ! 

Le trajet dur 10 min, c’est intolérable, je hurle dans cette voiture. Arrivée à l’hôpital, je me laisse totalement à la merci des soignants, j’ai démissionné.

Toujours à 6cm…la tête encore bien haute, mais le bébé va bien. On me pose cette péridurale. Mais installée couchée en boule sur le côté, ben tout s’accélère, mon bébé descend comme un boulet de canon. Je pousse 2 fois, il est là! D’abord le soulagement, ensuite la honte. D’avoir été si vulnérable, si faible et si peu soutenue. Parce qu’avec du recul, je sais que je vivais simplement les étapes de la naissance. Cela me conforte dans l’idée que l’accompagnement est la clé à ce moment-là.

Mon petit garçon va bien, il pèse 4100g pour 54 cm. Il s’appelle Toane. C’est 6 mois plus tard, que l’on découvre qu’une suture de ses os du crane était déjà soudée. Était-ce la raison de ma boule au ventre ? je ne sais pas. Il a été opéré à 8 mois, tout s’est très bien passé, mais cela restera le pire souvenir de ma vie je pense.

Je n’ai pas repris mon travail à la maternité après cette 4ème naissance. Je ne voulais ni ne pouvais plus supporter les contraintes protocolaires et le peu de place laissé à la physiologie et à l’instinct.

Et ma vie de sage-femme à domicile commence alors.

Comme par hasard, ma collègue qui m’avait accompagnée lors des 2 naissances chez moi et qui était la seule à pratiquer dans le canton avait très envie de s’arrêter. Elle était fatiguée de ce rythme de vie. Je prenais naturellement la suite.

C’est un couple d’amis qui me fait confiance pour la première fois. C’est leur 3ème enfant. La naissance est douce et belle. Nous sommes le 9 février 2013, Mila est née et la sage-femme nouvelle que je suis devenue est née également ce jour-là.

J’ai très vite réussi à être en confiance. Mon intuition était au top dans ces moments-là. Je me sentais connectée à d’autres forces, c’était magique. J’ai découvert la véritable physiologie de l’accouchement et la puissance de la femme au fil des naissances.  5ème histoire : je sais

Et un jour, me voici enceinte à nouveau. Un 5ème enfant avec un nouveau compagnon de vie.

La confiance me porte. Un suivi de grossesse presque inexistant. Et une naissance prévue en cœur à cœur avec mon homme seulement.

Je perds les eaux une semaine avant le terme. 2-3 contractions assez fortes, c’est le petit matin. Les grands doivent se lever et se préparer pour l’école. Je m’active, tout s’arrête. Ils iront chez leur papa ce soir…je suis tranquille, mais rien ne se passe….

Une journée cocooning. Les contractions commencent vers 20h. le travail démarre. Je me sens sereine. Je n’ai, à aucun moment, douté de la santé de l’enfant. Je savais. J’ai vécu cette incroyable phase de désespérance. Je me suis isolée dans la douche, j’ai pleuré, j’avais si mal et je savais que mon bébé n’attendait que le moment où je serais prête. Mais moi, j’avais peur, peur de la folle intensité de l’expulsion. Je suis en colère contre moi-même. Je rejoins mon homme au salon. Le pauvre ne sait quoi faire, il vit sa désespérance. Puis arrive le moment redouté, je m’agenouille, la tête appuie si fort. Je pousse 2 fois. Il tombe entre mes mains, mais il est lourd ! Je demande de l’aide à mon homme. Nous découvrons, par la même occasion, la belle paire de testicules de notre petit gars que nous avions toujours pressenti être une fille! Nous en rions ensemble, si émus, si heureux. Eliam est né à 1h04 ce 31 mai 2016. Il pèse 4200g et mesure 53cm.Le placenta suit naturellement.

Nous sommes dans notre cocon. Bon, 12h après, tout change. J’ai mal a une épaule. Tellement mal que je ne peux plus bouger…

Direction médecin, radio…pas de diagnostic. Mais une douleur si insoutenable (j’ai accouché et franchement ce n’était pas si intense !), alors transfert à l’hôpital. 

En résumé, infection de mon épaule due à une migration des streptocoques présents au niveau vaginal. Ces fameux germes que l’on redoute tant pour nos bébés et qui, extrêmement rarement, infectent la mère(je n’avais jamais vu cela et il a fallu 4 jours pour faire le diagnostic). 

Deux opérations, full dose d’antibiotiques, 18 jours d’hospitalisation et un bras inutilisable et douloureux pendant 4 mois…  

Ce qui devait être a été. Aucune fatalité, juste l’acceptation de ce qui est. Je ne suis pour autant aucunement guidée par la peur depuis lors. Je reste confiante. 

6ème histoire : je m’accomplis

Lorsque je suis à nouveau enceinte, cela reste une évidence de revivre cette aventure entre nous.

Cette fois, mes enfants souhaitent être présents et moi je suis prête à avoir ma tribu avec moi.

Les contractions débutent un mercredi dans l’après-midi, je suis à 4jours du terme. Et pour une fois, ma poche est intacte ! il est 15h quand les contractions me font chanter, un bon signe. Mais je gère parfaitement. Ça fait mal mais c’est supportable. Je souhaite accoucher dans la piscine d’accouchement. Mais voilà, il manque une pièce selon mon homme, alors il s’empresse d’aller l’acheter ! mais heu…l’idée que ça aille vite ne l’effleure pas un instant. Je reste seule avec mes deux ainées qui vaquent à leurs occupations. Je suis sereine. Ce qui doit arriver arrivera, pas besoin de tout contrôler.

 L’homme et le matériel arrivent vers 17h je crois. La piscine est gonflée et remplis dans notre salle de bain. Je m’y installe, je suis trop bien. Chacun repart à ses occupations. Mon homme commande des pizzas pour la tribu, c’est un jour exceptionnel, ils sont super heureux évidement. Et moi, je chante à chaque contraction seule dans ma salle de bain. L’un ou l’autre vient me voir par moment et repart. Les pizzas arrivent. Mon homme passe brièvement avec ma fille de 7ans pour voir s’il peut aller gérer le moment du repas à la cuisine. Je l’informe que je suis à dilatation complète et que la poche vient de rompre sous mes doigts, donc la naissance ne saurait tarder. Mon homme n’aura rien entendu de mes paroles, trop pris par l’intensité du moment et le besoin d’être partout.  

Moi, je suis toujours aussi sereine et bien. Je me sens très forte. Et j’apprécie presque la supportabilité de mes contractions. Ils repartent à la cuisine. Et voilà LA contraction, celle qui pousse mon bébé comme un boulet encore une fois ! Je crie « il arrive ». Seule ma fille m’entend et informe son beau-père qui ne capte pas tout de suite que c’est l’instant T !

La tête sort, je suis assise adossée au bord de la piscine, alors que j’ai fait tout le travail debout. La tribu arrive en même temps. Je sens que mon bébé n’est pas petit. J’ai besoin de me mettre à 4 pattes pour lui permettre de faire sa rotation et pousser une bonne fois pour dégager les épaules. Je fais tout cela instinctivement, ce n’est pas la sage-femme qui accouche, mais la femme.

Ma fille Samae est née à 19h01 ce mercredi 16 aout 2017. Un beau bébé de 4900g et 56cm ! Elle est arrivée entourée de toute sa tribu. Nous la découvrons ensemble. Eliam, qui n’a que 14 mois, part au salon en courant et riant de joie, il danse. C’est un instant sacré. Je me sens entière, comblée, fière, forte. La femme sait accoucher par elle-même, je le savais, je l’ai fait. Et je suis émue du cadeau que j’ai fait ce jour-là à mes enfants. Vivre cet événement et prendre conscience de la force de la femme. Ils vivront cela comme ils le voudront ou le pourront le moment venu, mais cette petite graine sera plantée. C’est tout ce qui importe.

Entre toutes ces naissances, je continue ma pratique de sage-femme. J’assiste 2 mamans à peine 2 semaines avant la naissance de Samae et une autre 6 semaines après, Samae dans l’écharpe, discrète. J’aime tant la beauté et la simplicité de ces moments. Une naissance c’est simplement un instant de vie hors du temps, mais une continuité. Je me sens en totale adéquation avec mes croyances. Je vis ce que je dis, je dis ce que je vis.

7ème histoire : je profite

J’ai 43 ans, la 7ème grossesse se profile. Toujours un suivi allégé, mais cette fois avec Delphine, une sage-femme qui a commencé à domicile il y a peu dans ma région. Elle a déjà de l’expérience. On se connait bien, nous avons le même âge et nous avions travaillé ensemble quelques années l’hôpital. Nous avons une façon de travailler assez semblable et nos caractères sont complémentaires.

J’avoue que cette fois ci, j’étais bien impatiente d’accoucher, car je redoutais le poids de mon bébé, je rappelle que Samae pesait presque 5kg!. Pourtant Delphine était rassurante. 

J’ai commencé d’avoir des contractions un samedi matin. Et ça a duré tout le weekend, toutes les 10 minutes ! assez fortes mais pas de travail c’était certain.

L’intensité a changé le dimanche soir à l’arrivée de mes grands qui étaient chez leur père.

Apparemment, j’attendais que ma tribu soit au complet.

Vers 23h, je commence à chanter à chaque contraction. J’appelle Delphine. Mon homme est assez occupé par Eliam et Samae qui ne dorment pas vraiment.

Nous allons papoter entre chaque contraction pendant 2-3h, c’est vraiment supportable. Delphine sourit et me dit que ça peut durer toute la nuit à ce rythme. Ben oui, je suis une multipare et ça sera la rupture de la poche qui annoncera l’arrivée du bébé. On peut attendre ou pas….

Mais moi, j’ai encore et toujours peur de cette intensité de l’expulsion….mais c’est inévitable. Alors, je m’examine, je suis à ces 6 fameux centimètres…je gratte la poche, l’eau s’écoule. J’ai le trac. Pas de peur, juste le trac.

Voilà une puissante contraction, on y est. J’ai besoin de faire quelque chose. Je fonce sous la douche et mets de l’eau chaude sur le bas de mon ventre. Ça me soulage. Une autre contraction…et là je dis à Delphine : à la suivante il sera là.

Je suis debout, ma main crispée sur le pommeau de douche et la dernière contraction arrive et la tête plonge dans mon bassin. Je ne lâche pas ma douche !!! ce qui fait sourire Delphine qui doit rattraper mon bébé. Si j’ai fait ça, c’est que je savais que je n’étais pas seule, ça m’a aussi fait sourire.

Mayan est né à 3h11 le 6 mai 2019. Il ne pèse que 4200g et mesure 53cm !

Mon homme s’approchait de la salle de bain en reconnaissant mes cris. Et les autres dormaient. Chaque naissance est différente et c’est le charme de la vie.

Maintenant, je sais que la femme a tout en elle pour accoucher seule, mais j’ai aussi compris l’importance d’être accompagnée et d’avoir ce soutien sans condition, cette attention et cette bienveillance. Pas forcément des gestes, ils sont souvent inutiles, mais juste une présence. La sage-femme est cette force encrée et libératrice. Elle met son énergie et son expérience au service des femmes, simplement, humblement mais puissamment.