Naissance d’Eléa et de Coralie en tant que maman, le dimanche 5 août 2018

Déjà le dimanche 29 juillet, je sens que ça se prépare plus sérieusement. Je perds de l’eau et un peu de sang. Ce qui ne m’empêchera pas d’aller faire de la voile sur le lac de Neuchâtel!
Ces pertes d’eau m’inquiètent un peu quand même, mais sans plus… Elles dureront toute la semaine. Je sais que si j’avais prévu un accouchement à l’hôpital ils m’auraient déjà provoqué après 24h… Marjorie, ma sage-femme, elle a l’air plutôt rassurée. Du moment que je vais bien, n’ai pas de symptômes d’infection et que bébé bouge : tout va bien !
Le mardi de cette semaine-là je sens fort le besoin de faire mon petit nid. Mes collocs ne sont pas là. J’en profite pour préparer notre pièce d’accouchement, à côté de la salle de bain. Gris-gris, bougies, phrases d’encouragement, dessins, peau de mouton… tout est prêt ! Je m’imprègne… le tambour m’accompagne.
L’attente continue.
Je suis partagée entre curiosité de te rencontrer mon bébé, peurs de tous les changements que ça va impliquer, de vivre toute cette aventure seule et inquiétudes de savoir si je vais pouvoir gérer la puissance et les douleurs de l’accouchement.
Et voilà que dans la nuit du vendredi au samedi 3 et 4 août, les contractions s’enchaînent toutes les 5 minutes. Pas trop intenses, comme des douleurs de règles fortes mais qui m’empêchent quand même de dormir vraiment cette nuit-là. Je chronomètre pour être sûre. Oui, oui, c’est bien ça ! Je ne veux pas trop me réjouir, après tout c’est peut-être encore une phase de préparation.. Mais quand même, ça me turlupine ! J’écris à 3h du matin à Marjorie qui est toujours hyper rassurante. On verra bien si ça continue !
Je somnole.
Le lendemain, ça continue. Je me sens un peu shootée. De fatigue et d’hormones…je plane.. là, c’est sûr, c’est imminent !
Vers 15h, les contractions s’intensifient. Je ne peux plus être assise, je dois me dandiner, marcher, bouger…je peine à me concentrer.
J’avertis tout le monde. Marjorie et Aline&family arrivent pour le souper. Moi je ne vais pas manger grand chose. Je reste debout, à ronger mon maïs, clopin clopant !
La nuit tombe, et rien ne bouge. En même temps, je reste avec tout le monde, pas tellement dans ma bulle. Marjorie propose de l’huile de ricin pour activer le travail, mais ça ne me tente pas trop. Je préfère essayer d’abord un massage aux huiles essentielles de palmarosa et girofle. Je pense que ce sera plus doux.
Aline me masse le bas du dos et qu’est-ce que tu bouges bébé ! Je te sens bien présente. Tu amorces ta descente. Tu es prête.
Vers 23h les contraction s’intensifient. Plus de douleur, je commence à gémir, vocaliser, accompagner ces vagues. Je sens bien les périodes de repos et j’arrive à me laisser aller en elles. Mais quelle douleur intense parfois.
Je me sens en pleine lutte.
J’ai peur et confiance à la fois.
J’ai peur de devenir maman, de ne pas être à la hauteur.
J’ai peur d’être seule avec ce petit bout de Vie.
J’ai peur de la sensation que je vais ressentir quand tu vas sortir de moi…
Je crois mourir plusieurs fois. Je me dit que ce n’est pas vrai ce que j’ai lu dans tous ces bouquins ! Que quand on croit mourir, la sortie de la tête est imminente !
Mon coccyx, les os de mon bassin me font horriblement souffrir. J’ai l’impression qu’elle ne va jamais passer. Que je n’y arriverais pas. Au lieu d’ouvrir, je ferme, me dit Marjorie. Moi je ne sais pas comment faire, je ne trouve pas la solution, la clef. J’ai l’impression que c’est moi, seulement moi qui peux la trouver, mais je ne la vois pas…
Je change de position souvent et chaque mouvement me coûte. On teste toutes les postures immaginables ! Je me sens si fatiguée. Quand je mets mes doigts à l’intérieur de moi, je ne sais pas si je sens la tête ou autre chose…il y autre chose… A un moment pendant le travail j’ai pensé, et si elle naissait un bras en avant ? Peut-être un pressentiment… Marjorie regarde. Essaie d’ouvrir pour favoriser le passage, mais ça me fait vraiment mal. Hurlement.
Rien ne s’arrête, une fois la descente lancée, plus de pause. J’en rêve pourtant d’une pause…
Aline est présente avec douceur et bienveillance. Elle est la douceur de la mère. Avec Marjorie, elles m’accompagnent en silence. Le silence me pèse parfois. Je remplis l’espace de mes bruits. Je les sens si confiantes et moi si désemparée. Elles sont des pilliers solides sur lesquels je m’accroche au propre comme au figuré.
Le jour se lève, tu n’es pas encore là. C’est long. Les heures passent et j’essaie de te parler, de me rassurer. On va y arriver, tout ira bien. Tout ira bien. Je m’encourage. Allez, à la prochaine, tu sors ! Et non…ce n’est pas encore la bonne… J’accepte.
Entre chaque contraction, je rêve, je dors, visions sans queues ni tête… Avec la contraction suivante, tout s’efface !
Marjorie me propose souvent de m’aider manuellement à élargir le col lors d’une contraction. Mais je refuse. J’ai peur d’avoir mal. Et aussi, je veux qu’on y arrive seules, toi et moi. J’ai la tête dure.
Des heures durant, je pousse. Pas toujours efficacement. Je ne sens pas très bien au début quand mes poussées accompagnent juste les contractions et quand elles poussent vraiment. C’est si nouveau. Tourbillon de sensations.
Et à un moment donné, tout s’accélère. Plus de pause. Tu descends, ça y est, je te sens ! Je pense que ça va aller vite, mais non, il faudra de nombreuses contractions pour que ta tête passe. Je grogne, je mords ce que je peux, j’aggrippe, je pousse. Quelle force, quelle puissance se déploie ! C’est la guerre !
Aline et Marjorie m’encouragent. Lentement ta tête sort, remonte, ressort. S’arrête en cours de route. Brulure.
Puis d’un coup, ça y est ! La tête, le reste, tout passe…tu es là, sur moi. Je ne comprends plus rien. On a réussi ! Tu es là. Tu es là.
Tu es née à la maison. Sans chimie, sans médecin.
Juste comme je le voulais. Naturellement.
C’était dur pour moi. Pas de douceur, pas de plaisir, comme je le souhaitais.
C’est la force qui prédomine. Une bataille… Lors de la première douche, je sens mon corps meurtri comme après la guerre. Je suis un champ de bataille…
Mais quand je te regarde, petit bébé, c’est la douceur et l’amour que je sens. Tu es si petite, si fragile. Tu as déjà pourtant tellement vécu. Quelle aventure pour toi aussi. Tu as été patiente. Tu as attendu que je sois prête. Prête à te voir, à t’accueillir. Ton petit cœur battait bien tranquillement tout ce temps.
Je t’aime, je t’aime déjà tellement.
Deux jours plus tard, c’est le prénom d’Eléa qui vient te chercher.
Eléa, héroïne passionnée du roman de Barjavel « La Nuit des Temps ».
Eléa, tu es une battante toi aussi.
Eléa, tu es là.
Ensemble, nos chemins sur la Vie…

Et le récit de la sage-femme

La nuit s’installe, il est déjà tard, c’est l’été avec sa chaleur étouffante.
Les contractions se sont enfin installées avec toute leur puissance après plusieurs jour de préparation.
Je te sens un peu surprise par l’intensité de l’événement, mais tu y fais face avec aplomb.
Les heures passent, les positions changent. Quelques massages, des huiles apaisantes, une musique douce qui invite au voyage...tout est à sa place.
C’est ton premier bébé, le temps est nécessaire pour ton cheminement intérieur. Tu voyages entre tes peurs et tes certitudes, ton bébé lui est serein et attend que tu soies prête.
Je sais et je sens que tout va bien, mais, cette fois le temps me semble long. J’ai tellement envie de t’aider et je pourrais le faire, mais tu ne veux pas. D’abord parce que mes doigts te font mal, ça te fait peur, mais aussi parce que tu veux y arriver seule! Je suis impressionnée par ta détermination!!! Tu ne lâches rien! Moi je tricote avec mes doigts pour ne pas te toucher. Mais comment oserais-je intervenir, moi qui clame haut et fort qu’une femme qui accouche est seule maître à bord et qu’elle sait ce qui est bon pour elle et son bébé!
Mais le temps est si long!!
Ton chemin a été aussi le mien. Tu m’as rappelé à l’essentiel, la patience et la confiance.
Tu y es arrivée par toi-même et quelle fierté tu peux avoir! Tu as su être à ton écoute et te respecter. Et mon expérience m’a aidé à « ne rien faire » à part faire confiance. Merci infiniment.