Récits d’une femme parfois sage

 

C’est à mon tour de raconter mes naissances…oui « mes », parce qu’il y en a eu 7.

Sept enfants, sept accouchements différents, sept naissances de différentes parts de moi. L’expérience d’une vie de femme et de sage-femme si étroitement liées.

Première histoire : j’échoue

Ma première aventure date d’il y a déjà 15ans dans une semaine exactement. J’étais diplômée sage-femme depuis 2 ans et travaillais dans un hôpital qui comptait environ 1000 accouchements par année.

J’aimais mon travail et ma façon de travailler. C’était technique et imprévisible. Chaque naissance était un moment d’excitation et de stresse stimulant. Et courir dans tous les sens, passer d’une césarienne à une menace d’accouchement prématuré, c’était palpitant et gratifiant quand tout « roulait ». Le monde médical me convenait bien. Et loin, très loin de moi l’envie d’accoucher autre part. Je n’étais pas inconsciente me dis-ai-je !

Alors voilà ce premier enfant qui s’annonce…j’ai 28 ans et me suis mariée la même année que l’arrivée de cet enfant. Une grossesse physiologique, assez émotionnelle toutefois. Beaucoup de larmes inexpliquées…mais une relation à ma mère assez compliquée et bousculante.

Je suis 5 jours avant le terme prévu au 24 octobre. C’est le matin, je me lève et « plop », la poche des eaux se rompt. Je me réjouis de cet événement qui annonce la naissance et suis bien contente que cela commence comme cela, c’est sans douleur ! Pour le moment….

Donc, aucune contraction à l’horizon. Je vais tout de même faire un monitoring et une échographie a la maternité où je travaille, c’est le protocole et je le suis.

Tout va bien…alors je demande à rentrer chez moi, contrairement au fameux protocole qui lui exige l’hospitalisation. Mais on me laisse rentrer.

Le soir même, mon mari et moi sommes allés visiter un éventuel futur appartement. La visite était prévue depuis une semaine et je me sentais bien. J’ai été prise d’un fou rire intérieur lorsque notre hôte me propose de m’assoir (vu mon état) et que je lui réponds que je me sens bien mieux debout. En vérité, je venais de monter quelques marches et cela avait suffi à provoquer une inondation dans ma culotte et il y avait un joli coussin sur la chaise qu’il me proposait….

Le lendemain, re contrôle car toujours pas de contractions…et je retourne chez moi car tout est ok.

Ce n’est que 48h après la rupture, sur la pression de mes collègues et un peu mon impatience aussi, que l’on me fait une bonne stimulation du col au doigt…et ça marche, les contractions arrivent rapidement et franchement assez douloureusement.

Je me souviens d’avoir assez rapidement perdu pied. Mon désir d’accoucher naturellement c’est vite envolé…mon col étant toujours en phase d’effacement et à peine ouvert, je supplie pour la péridurale. Ce qui fut chose faite. Nous étions en début de nuit.

La suite, totalement habituelle et prévisible ; une perfusion de syntocinon, des changements de positions multiples, mais uniquement alitée, une nuit assez paisible, car sans douleur. Mon mari a même eu le privilège d’avoir un lit à mes coté pour y dormir.

Arrive le petit matin et mes envies de pousser. Parce que bien sûr, mon bébé s’était installé en postérieur, donc son dos contre mon dos. Je suis à dilatation complète et je commence les poussées actives dans toutes les positions, même debout avec ma péridurale. Mais il ne se passe pas grand-chose. 

Il est environ 9h, cela fait plus de 2h de dilatation complète…mon gynécologue faisant un passage par-là me dit : « aller, on va en césarienne… »

Alors là, c’était hors de question d’avoir fait tout ça pour en arriver là ! Je pousse une grosse fois, mon bébé descend assez pour que le médecin l’aide avec les forceps. Et oui, j’en suis là !! Je me souviens de mon cri, non pas de douleur (un peu peut-être, mais j’avais une péridurale efficace et une anesthésie du nerfs honteux), mais de peur, de déception…

Il est 10h24 ce jeudi 21 octobre 2004, Timeo fait son premier cri, il va tout bien. Il pèse 3780g et mesure 53cm. Je suis maman pour la première fois. Je n’ai pas réussi à accoucher, il a fallu m’aider…c’est le début de mon histoire de maman. Etrangement banale, mais tellement importante. J’ai compris l’importance du vécu d’une naissance. Cela s’inscrit à vie dans la chair, l’âme et le cœur d’une mère.

2ème histoire : j’ai peur

Mon second enfant s’annonce rapidement après, comme nous l’avions désiré. Et l’allaitement ayant été la suite logique d’un tel accouchement, mon fils prenait plus de biberons que mon sein après 2 mois déjà…retour de couche rapide, grossesse bienvenue.

Le terme est prévu deux jours plus tard que pour mon premier, donc le 26 octobre. 

Je suis à un jour de plus déjà. Une grossesse assez simple. On me dit qu’il y a beaucoup de liquide amniotique, que le bébé est haut et qu’il serait bien plus sage de rompre artificiellement la poche sous contrôle plutôt que de prendre le risque d’une procidence du cordon….et allez hop, moi ca m’arrange, je suis une impatiente !

J’ai le droit à une perfusion de syntocinon, les contractions arrivent gentiment, supportables… la poche est percée par mon gynéco…et tout va bien. Me voila a 6cm de dilatation avec des contractions très gérables, mais une peur énorme de l’expulsion. Je doute de moi, ma collègue me fait plaisir et accepte la pause de péridurale. 30 minutes après, j’ai envie de pousser et 2 poussées plus tard, Tessa est là ! Nous sommes le 27 octobre 2005 il est 19h13. Elle pèse 3990g et mesure 51cm. Un beau bébé. Mon périnée n’a qu’une petite déchirure, alors que la première fois j’ai eu une épisiotomie.

Et cette fois j’allaite ma fille pendant 6 mois (bon, avec crevasses, mastites, mycose…).

Ensuite, je reprends le travail à la maternité et tirer mon lait je n’y arrive pas.

Les années passent et moi, je me transforme. Je ne saurais dire exactement pourquoi, mais la physiologie s’imposait à moi. Je réussissais à suivre mon instinct et à accompagner les femmes pour des naissances très naturelles même à l’hôpital. 

3ème histoire :  je réussis

Je suis enceinte de mon 3ème enfant. Je ne veux plus accoucher à l’hôpital. Je suis en confiance, alors je visite une maison de naissance. Mon mari me suit, il me laisse décider et je l’en remercie encore aujourd’hui.

Je repars de cette visite en larmes…pourtant le lieu est beau, accueillant et la sage-femme sympa, mais je ne me vois pas y accoucher. Alors, une évidence s’annonce à moi : c’est à la maison que j’accoucherai et les larmes cessent.

Je suis alors accompagnée par la seule sage-femme qui pratique à domicile dans mon canton. Une grossesse encore une fois sans problème. Cette fois, c’est exactement une semaine avant le terme que je perds les eaux. Un soir de demi-finale de coupe du monde de football. Les contractions arrivent avec le début du match. Mon mari n’était pas un fan de foot mais c’était la coupe du monde tout de même me dit-il !

Assez rapidement je me suis mise dans ma bulle et dans ma piscine par la même occasion. Le travail avance assez vite. Mais je fais une pause vers 6cm de dilatation…j’ai peur…mon mari me le reproche d’ailleurs sur le moment, je me sens seule, je pleure…c’est la désespérance.

C’est le chambardement peu de temps après, j’ai envie de pousser, j’ai peur mais mon corps prend le dessus. Je suis accroupie appuyée sur le rebord de la piscine. Je pousse 2-3 fois…Tiana sort, il est 0h52, elle pèse 4090g pour 52 cm, nous sommes le 11 juillet 2010 et c’est le jour anniversaire de mon frère. Je suis fière de moi. J’ai découvert ce que c’était accoucher. Ce fut mon sentiment ce jour-là. D’avoir réellement accouché.

Et lentement, ma transformation continue…la physiologie prend la place qu’elle mérite. Même dans mon travail (je suis encore à l’hôpital), je m’éloigne tant que je peux de la rigidité des protocoles, on me fait confiance le plus souvent. Fini les accouchements instrumentés et les césariennes d’urgence. Plus on me laisse tranquille avec la future maman, mieux ça se passe.

4ème histoire : je doute

Une année plus tard, mon 4ème accouchement se profil. On ne change pas une équipe qui gagne. Ça sera à la maison avec ma collègue sage-femme.

Je dépasse le terme de 3 jours cette fois. Une suspicion de rupture de la poche des eaux, un germe Streptocoque présent et c’est le protocole qui s’enclenche, même à domicile. Je suis le mouvement, je n’ai pas encore la présence d’esprit d’avoir une approche plus critique et raisonnée. Alors, c’est pause d’une perfusion d’antibiotiques et le début de l’attente des contractions. Qui finissent par arriver dans la soirée. Je passe la nuit avec des contractions bien douloureuses, mais pas très efficaces. Je me souviens d’avoir été seule face à moimême. Une sage-femme un peu désarçonnée de cette situation qui n’avance pas, un mari peu présent et agacé (nous divorcerons par la suite, nous évoluions différemment).

Au petit matin, la sage-femme me propose de franchement rompre cette poche qu’elle sent tout de même. Pour un 4ème, ça devrait aller vite ensuite !

Que dalle ! je suis toujours à 5-6cm de dilatation après la rupture, mais cette fois les contractions sont insupportables. Et depuis le début du travail, j’ai une boule au ventre. Inexplicable. Je n’ai pas peur, je sais que je peux, mais cette boule me dit qu’il y a quelque chose. C’est fou comme chaque émotion, chaque geste, chaque parole a une telle importance dans ces moments. C’est maintenant seulement que j’en vois l’ampleur.ma sage-femme s’inquiète de mon inquiétude. Mon mari me laisse décider et moi je me sens seule, alors j’abandonne. Je veux une péridurale ! cette fameuse désespérance…que je ne connaissais même pas alors ! 

Le trajet dur 10 min, c’est intolérable, je hurle dans cette voiture. Arrivée à l’hôpital, je me laisse totalement à la merci des soignants, j’ai démissionné.

Toujours à 6cm…la tête encore bien haute, mais le bébé va bien. On me pose cette péridurale. Mais installée couchée en boule sur le côté, ben tout s’accélère, mon bébé descend comme un boulet de canon. Je pousse 2 fois, il est là! D’abord le soulagement, ensuite la honte. D’avoir été si vulnérable, si faible et si peu soutenue. Parce qu’avec du recul, je sais que je vivais simplement les étapes de la naissance. Cela me conforte dans l’idée que l’accompagnement est la clé à ce moment-là.

Mon petit garçon va bien, il pèse 4100g pour 54 cm. Il s’appelle Toane. C’est 6 mois plus tard, que l’on découvre qu’une suture de ses os du crane était déjà soudée. Était-ce la raison de ma boule au ventre ? je ne sais pas. Il a été opéré à 8 mois, tout s’est très bien passé, mais cela restera le pire souvenir de ma vie je pense.

Je n’ai pas repris mon travail à la maternité après cette 4ème naissance. Je ne voulais ni ne pouvais plus supporter les contraintes protocolaires et le peu de place laissé à la physiologie et à l’instinct.

Et ma vie de sage-femme à domicile commence alors.

Comme par hasard, ma collègue qui m’avait accompagnée lors des 2 naissances chez moi et qui était la seule à pratiquer dans le canton avait très envie de s’arrêter. Elle était fatiguée de ce rythme de vie. Je prenais naturellement la suite.

C’est un couple d’amis qui me fait confiance pour la première fois. C’est leur 3ème enfant. La naissance est douce et belle. Nous sommes le 9 février 2013, Mila est née et la sage-femme nouvelle que je suis devenue est née également ce jour-là.

J’ai très vite réussi à être en confiance. Mon intuition était au top dans ces moments-là. Je me sentais connectée à d’autres forces, c’était magique. J’ai découvert la véritable physiologie de l’accouchement et la puissance de la femme au fil des naissances.  5ème histoire : je sais

Et un jour, me voici enceinte à nouveau. Un 5ème enfant avec un nouveau compagnon de vie.

La confiance me porte. Un suivi de grossesse presque inexistant. Et une naissance prévue en cœur à cœur avec mon homme seulement.

Je perds les eaux une semaine avant le terme. 2-3 contractions assez fortes, c’est le petit matin. Les grands doivent se lever et se préparer pour l’école. Je m’active, tout s’arrête. Ils iront chez leur papa ce soir…je suis tranquille, mais rien ne se passe….

Une journée cocooning. Les contractions commencent vers 20h. le travail démarre. Je me sens sereine. Je n’ai, à aucun moment, douté de la santé de l’enfant. Je savais. J’ai vécu cette incroyable phase de désespérance. Je me suis isolée dans la douche, j’ai pleuré, j’avais si mal et je savais que mon bébé n’attendait que le moment où je serais prête. Mais moi, j’avais peur, peur de la folle intensité de l’expulsion. Je suis en colère contre moi-même. Je rejoins mon homme au salon. Le pauvre ne sait quoi faire, il vit sa désespérance. Puis arrive le moment redouté, je m’agenouille, la tête appuie si fort. Je pousse 2 fois. Il tombe entre mes mains, mais il est lourd ! Je demande de l’aide à mon homme. Nous découvrons, par la même occasion, la belle paire de testicules de notre petit gars que nous avions toujours pressenti être une fille! Nous en rions ensemble, si émus, si heureux. Eliam est né à 1h04 ce 31 mai 2016. Il pèse 4200g et mesure 53cm.Le placenta suit naturellement.

Nous sommes dans notre cocon. Bon, 12h après, tout change. J’ai mal a une épaule. Tellement mal que je ne peux plus bouger…

Direction médecin, radio…pas de diagnostic. Mais une douleur si insoutenable (j’ai accouché et franchement ce n’était pas si intense !), alors transfert à l’hôpital. 

En résumé, infection de mon épaule due à une migration des streptocoques présents au niveau vaginal. Ces fameux germes que l’on redoute tant pour nos bébés et qui, extrêmement rarement, infectent la mère(je n’avais jamais vu cela et il a fallu 4 jours pour faire le diagnostic). 

Deux opérations, full dose d’antibiotiques, 18 jours d’hospitalisation et un bras inutilisable et douloureux pendant 4 mois…  

Ce qui devait être a été. Aucune fatalité, juste l’acceptation de ce qui est. Je ne suis pour autant aucunement guidée par la peur depuis lors. Je reste confiante. 

6ème histoire : je m’accomplis

Lorsque je suis à nouveau enceinte, cela reste une évidence de revivre cette aventure entre nous.

Cette fois, mes enfants souhaitent être présents et moi je suis prête à avoir ma tribu avec moi.

Les contractions débutent un mercredi dans l’après-midi, je suis à 4jours du terme. Et pour une fois, ma poche est intacte ! il est 15h quand les contractions me font chanter, un bon signe. Mais je gère parfaitement. Ça fait mal mais c’est supportable. Je souhaite accoucher dans la piscine d’accouchement. Mais voilà, il manque une pièce selon mon homme, alors il s’empresse d’aller l’acheter ! mais heu…l’idée que ça aille vite ne l’effleure pas un instant. Je reste seule avec mes deux ainées qui vaquent à leurs occupations. Je suis sereine. Ce qui doit arriver arrivera, pas besoin de tout contrôler.

 L’homme et le matériel arrivent vers 17h je crois. La piscine est gonflée et remplis dans notre salle de bain. Je m’y installe, je suis trop bien. Chacun repart à ses occupations. Mon homme commande des pizzas pour la tribu, c’est un jour exceptionnel, ils sont super heureux évidement. Et moi, je chante à chaque contraction seule dans ma salle de bain. L’un ou l’autre vient me voir par moment et repart. Les pizzas arrivent. Mon homme passe brièvement avec ma fille de 7ans pour voir s’il peut aller gérer le moment du repas à la cuisine. Je l’informe que je suis à dilatation complète et que la poche vient de rompre sous mes doigts, donc la naissance ne saurait tarder. Mon homme n’aura rien entendu de mes paroles, trop pris par l’intensité du moment et le besoin d’être partout.  

Moi, je suis toujours aussi sereine et bien. Je me sens très forte. Et j’apprécie presque la supportabilité de mes contractions. Ils repartent à la cuisine. Et voilà LA contraction, celle qui pousse mon bébé comme un boulet encore une fois ! Je crie « il arrive ». Seule ma fille m’entend et informe son beau-père qui ne capte pas tout de suite que c’est l’instant T !

La tête sort, je suis assise adossée au bord de la piscine, alors que j’ai fait tout le travail debout. La tribu arrive en même temps. Je sens que mon bébé n’est pas petit. J’ai besoin de me mettre à 4 pattes pour lui permettre de faire sa rotation et pousser une bonne fois pour dégager les épaules. Je fais tout cela instinctivement, ce n’est pas la sage-femme qui accouche, mais la femme.

Ma fille Samae est née à 19h01 ce mercredi 16 aout 2017. Un beau bébé de 4900g et 56cm ! Elle est arrivée entourée de toute sa tribu. Nous la découvrons ensemble. Eliam, qui n’a que 14 mois, part au salon en courant et riant de joie, il danse. C’est un instant sacré. Je me sens entière, comblée, fière, forte. La femme sait accoucher par elle-même, je le savais, je l’ai fait. Et je suis émue du cadeau que j’ai fait ce jour-là à mes enfants. Vivre cet événement et prendre conscience de la force de la femme. Ils vivront cela comme ils le voudront ou le pourront le moment venu, mais cette petite graine sera plantée. C’est tout ce qui importe.

Entre toutes ces naissances, je continue ma pratique de sage-femme. J’assiste 2 mamans à peine 2 semaines avant la naissance de Samae et une autre 6 semaines après, Samae dans l’écharpe, discrète. J’aime tant la beauté et la simplicité de ces moments. Une naissance c’est simplement un instant de vie hors du temps, mais une continuité. Je me sens en totale adéquation avec mes croyances. Je vis ce que je dis, je dis ce que je vis.

7ème histoire : je profite

J’ai 43 ans, la 7ème grossesse se profile. Toujours un suivi allégé, mais cette fois avec Delphine, une sage-femme qui a commencé à domicile il y a peu dans ma région. Elle a déjà de l’expérience. On se connait bien, nous avons le même âge et nous avions travaillé ensemble quelques années l’hôpital. Nous avons une façon de travailler assez semblable et nos caractères sont complémentaires.

J’avoue que cette fois ci, j’étais bien impatiente d’accoucher, car je redoutais le poids de mon bébé, je rappelle que Samae pesait presque 5kg!. Pourtant Delphine était rassurante. 

J’ai commencé d’avoir des contractions un samedi matin. Et ça a duré tout le weekend, toutes les 10 minutes ! assez fortes mais pas de travail c’était certain.

L’intensité a changé le dimanche soir à l’arrivée de mes grands qui étaient chez leur père.

Apparemment, j’attendais que ma tribu soit au complet.

Vers 23h, je commence à chanter à chaque contraction. J’appelle Delphine. Mon homme est assez occupé par Eliam et Samae qui ne dorment pas vraiment.

Nous allons papoter entre chaque contraction pendant 2-3h, c’est vraiment supportable. Delphine sourit et me dit que ça peut durer toute la nuit à ce rythme. Ben oui, je suis une multipare et ça sera la rupture de la poche qui annoncera l’arrivée du bébé. On peut attendre ou pas….

Mais moi, j’ai encore et toujours peur de cette intensité de l’expulsion….mais c’est inévitable. Alors, je m’examine, je suis à ces 6 fameux centimètres…je gratte la poche, l’eau s’écoule. J’ai le trac. Pas de peur, juste le trac.

Voilà une puissante contraction, on y est. J’ai besoin de faire quelque chose. Je fonce sous la douche et mets de l’eau chaude sur le bas de mon ventre. Ça me soulage. Une autre contraction…et là je dis à Delphine : à la suivante il sera là.

Je suis debout, ma main crispée sur le pommeau de douche et la dernière contraction arrive et la tête plonge dans mon bassin. Je ne lâche pas ma douche !!! ce qui fait sourire Delphine qui doit rattraper mon bébé. Si j’ai fait ça, c’est que je savais que je n’étais pas seule, ça m’a aussi fait sourire.

Mayan est né à 3h11 le 6 mai 2019. Il ne pèse que 4200g et mesure 53cm !

Mon homme s’approchait de la salle de bain en reconnaissant mes cris. Et les autres dormaient. Chaque naissance est différente et c’est le charme de la vie.

Maintenant, je sais que la femme a tout en elle pour accoucher seule, mais j’ai aussi compris l’importance d’être accompagnée et d’avoir ce soutien sans condition, cette attention et cette bienveillance. Pas forcément des gestes, ils sont souvent inutiles, mais juste une présence. La sage-femme est cette force encrée et libératrice. Elle met son énergie et son expérience au service des femmes, simplement, humblement mais puissamment.

 

Naissance d’Eléa et de Coralie en tant que maman, le dimanche 5 août 2018

Déjà le dimanche 29 juillet, je sens que ça se prépare plus sérieusement. Je perds de l’eau et un peu de sang. Ce qui ne m’empêchera pas d’aller faire de la voile sur le lac de Neuchâtel!
Ces pertes d’eau m’inquiètent un peu quand même, mais sans plus… Elles dureront toute la semaine. Je sais que si j’avais prévu un accouchement à l’hôpital ils m’auraient déjà provoqué après 24h… Marjorie, ma sage-femme, elle a l’air plutôt rassurée. Du moment que je vais bien, n’ai pas de symptômes d’infection et que bébé bouge : tout va bien !
Le mardi de cette semaine-là je sens fort le besoin de faire mon petit nid. Mes collocs ne sont pas là. J’en profite pour préparer notre pièce d’accouchement, à côté de la salle de bain. Gris-gris, bougies, phrases d’encouragement, dessins, peau de mouton… tout est prêt ! Je m’imprègne… le tambour m’accompagne.
L’attente continue.
Je suis partagée entre curiosité de te rencontrer mon bébé, peurs de tous les changements que ça va impliquer, de vivre toute cette aventure seule et inquiétudes de savoir si je vais pouvoir gérer la puissance et les douleurs de l’accouchement.
Et voilà que dans la nuit du vendredi au samedi 3 et 4 août, les contractions s’enchaînent toutes les 5 minutes. Pas trop intenses, comme des douleurs de règles fortes mais qui m’empêchent quand même de dormir vraiment cette nuit-là. Je chronomètre pour être sûre. Oui, oui, c’est bien ça ! Je ne veux pas trop me réjouir, après tout c’est peut-être encore une phase de préparation.. Mais quand même, ça me turlupine ! J’écris à 3h du matin à Marjorie qui est toujours hyper rassurante. On verra bien si ça continue !
Je somnole.
Le lendemain, ça continue. Je me sens un peu shootée. De fatigue et d’hormones…je plane.. là, c’est sûr, c’est imminent !
Vers 15h, les contractions s’intensifient. Je ne peux plus être assise, je dois me dandiner, marcher, bouger…je peine à me concentrer.
J’avertis tout le monde. Marjorie et Aline&family arrivent pour le souper. Moi je ne vais pas manger grand chose. Je reste debout, à ronger mon maïs, clopin clopant !
La nuit tombe, et rien ne bouge. En même temps, je reste avec tout le monde, pas tellement dans ma bulle. Marjorie propose de l’huile de ricin pour activer le travail, mais ça ne me tente pas trop. Je préfère essayer d’abord un massage aux huiles essentielles de palmarosa et girofle. Je pense que ce sera plus doux.
Aline me masse le bas du dos et qu’est-ce que tu bouges bébé ! Je te sens bien présente. Tu amorces ta descente. Tu es prête.
Vers 23h les contraction s’intensifient. Plus de douleur, je commence à gémir, vocaliser, accompagner ces vagues. Je sens bien les périodes de repos et j’arrive à me laisser aller en elles. Mais quelle douleur intense parfois.
Je me sens en pleine lutte.
J’ai peur et confiance à la fois.
J’ai peur de devenir maman, de ne pas être à la hauteur.
J’ai peur d’être seule avec ce petit bout de Vie.
J’ai peur de la sensation que je vais ressentir quand tu vas sortir de moi…
Je crois mourir plusieurs fois. Je me dit que ce n’est pas vrai ce que j’ai lu dans tous ces bouquins ! Que quand on croit mourir, la sortie de la tête est imminente !
Mon coccyx, les os de mon bassin me font horriblement souffrir. J’ai l’impression qu’elle ne va jamais passer. Que je n’y arriverais pas. Au lieu d’ouvrir, je ferme, me dit Marjorie. Moi je ne sais pas comment faire, je ne trouve pas la solution, la clef. J’ai l’impression que c’est moi, seulement moi qui peux la trouver, mais je ne la vois pas…
Je change de position souvent et chaque mouvement me coûte. On teste toutes les postures immaginables ! Je me sens si fatiguée. Quand je mets mes doigts à l’intérieur de moi, je ne sais pas si je sens la tête ou autre chose…il y autre chose… A un moment pendant le travail j’ai pensé, et si elle naissait un bras en avant ? Peut-être un pressentiment… Marjorie regarde. Essaie d’ouvrir pour favoriser le passage, mais ça me fait vraiment mal. Hurlement.
Rien ne s’arrête, une fois la descente lancée, plus de pause. J’en rêve pourtant d’une pause…
Aline est présente avec douceur et bienveillance. Elle est la douceur de la mère. Avec Marjorie, elles m’accompagnent en silence. Le silence me pèse parfois. Je remplis l’espace de mes bruits. Je les sens si confiantes et moi si désemparée. Elles sont des pilliers solides sur lesquels je m’accroche au propre comme au figuré.
Le jour se lève, tu n’es pas encore là. C’est long. Les heures passent et j’essaie de te parler, de me rassurer. On va y arriver, tout ira bien. Tout ira bien. Je m’encourage. Allez, à la prochaine, tu sors ! Et non…ce n’est pas encore la bonne… J’accepte.
Entre chaque contraction, je rêve, je dors, visions sans queues ni tête… Avec la contraction suivante, tout s’efface !
Marjorie me propose souvent de m’aider manuellement à élargir le col lors d’une contraction. Mais je refuse. J’ai peur d’avoir mal. Et aussi, je veux qu’on y arrive seules, toi et moi. J’ai la tête dure.
Des heures durant, je pousse. Pas toujours efficacement. Je ne sens pas très bien au début quand mes poussées accompagnent juste les contractions et quand elles poussent vraiment. C’est si nouveau. Tourbillon de sensations.
Et à un moment donné, tout s’accélère. Plus de pause. Tu descends, ça y est, je te sens ! Je pense que ça va aller vite, mais non, il faudra de nombreuses contractions pour que ta tête passe. Je grogne, je mords ce que je peux, j’aggrippe, je pousse. Quelle force, quelle puissance se déploie ! C’est la guerre !
Aline et Marjorie m’encouragent. Lentement ta tête sort, remonte, ressort. S’arrête en cours de route. Brulure.
Puis d’un coup, ça y est ! La tête, le reste, tout passe…tu es là, sur moi. Je ne comprends plus rien. On a réussi ! Tu es là. Tu es là.
Tu es née à la maison. Sans chimie, sans médecin.
Juste comme je le voulais. Naturellement.
C’était dur pour moi. Pas de douceur, pas de plaisir, comme je le souhaitais.
C’est la force qui prédomine. Une bataille… Lors de la première douche, je sens mon corps meurtri comme après la guerre. Je suis un champ de bataille…
Mais quand je te regarde, petit bébé, c’est la douceur et l’amour que je sens. Tu es si petite, si fragile. Tu as déjà pourtant tellement vécu. Quelle aventure pour toi aussi. Tu as été patiente. Tu as attendu que je sois prête. Prête à te voir, à t’accueillir. Ton petit cœur battait bien tranquillement tout ce temps.
Je t’aime, je t’aime déjà tellement.
Deux jours plus tard, c’est le prénom d’Eléa qui vient te chercher.
Eléa, héroïne passionnée du roman de Barjavel « La Nuit des Temps ».
Eléa, tu es une battante toi aussi.
Eléa, tu es là.
Ensemble, nos chemins sur la Vie…

Et le récit de la sage-femme

La nuit s’installe, il est déjà tard, c’est l’été avec sa chaleur étouffante.
Les contractions se sont enfin installées avec toute leur puissance après plusieurs jour de préparation.
Je te sens un peu surprise par l’intensité de l’événement, mais tu y fais face avec aplomb.
Les heures passent, les positions changent. Quelques massages, des huiles apaisantes, une musique douce qui invite au voyage...tout est à sa place.
C’est ton premier bébé, le temps est nécessaire pour ton cheminement intérieur. Tu voyages entre tes peurs et tes certitudes, ton bébé lui est serein et attend que tu soies prête.
Je sais et je sens que tout va bien, mais, cette fois le temps me semble long. J’ai tellement envie de t’aider et je pourrais le faire, mais tu ne veux pas. D’abord parce que mes doigts te font mal, ça te fait peur, mais aussi parce que tu veux y arriver seule! Je suis impressionnée par ta détermination!!! Tu ne lâches rien! Moi je tricote avec mes doigts pour ne pas te toucher. Mais comment oserais-je intervenir, moi qui clame haut et fort qu’une femme qui accouche est seule maître à bord et qu’elle sait ce qui est bon pour elle et son bébé!
Mais le temps est si long!!
Ton chemin a été aussi le mien. Tu m’as rappelé à l’essentiel, la patience et la confiance.
Tu y es arrivée par toi-même et quelle fierté tu peux avoir! Tu as su être à ton écoute et te respecter. Et mon expérience m’a aidé à « ne rien faire » à part faire confiance. Merci infiniment.

Récit d’un papa

Tout d'abord le choix d'un accouchement à domicile a été très rapide, depuis le début de la grossesse nous étions décidés … Tout en sachant qu'au moindre petit souci durant la grossesse, l'accouchement se ferait à l'hôpital.

L… tenait énormément à mettre au monde son petit bout de chou dans notre appartement surtout pour le coté relaxant… Tu es chez toi, un lieu que tu connais bien, personne en blouse… un bonheur quoi.

Du coup son, enfin même notre, plus grosse hantise durant ces 9 derniers mois, fut de devoir aller a l'hôpital le jour J… Heureusement, L… a eu une grossesse impeccable, elle a travaillé jusqu'au 8ème mois… et même un peu plus…

Le jour J…rien, le lendemain…toujours rien…elle commence à avoir peur car après le 12 mai, il faut obligatoirement aller à l'hôpital…et puis mercredi matin, le 5, à 3h30, L… me réveille… « ca y est, je crois que ça commence… » Mais très relaxée la future maman… Je lui demande si je dois rester, car les douleurs ne sont pas bien violentes… habituellement je me lève à 5h30 pour débuter le travail à la boulangerie à 7h… Elle me dit que je peux aller bosser, vu que les douleurs n'étaient pas très fortes nous pensions que cela allait durer un long moment… Mais vers 6h30, je me suis rendu compte que les douleurs étaient plus fortes et plus rapprochées… J'appelle donc mes collègues, ils se passeront de moi aujourd'hui…

A 8h, j'envoie un texto au 2 sages-femmes qui ont suivi L… durant toute la grossesse, une des deux doit passer 20 minutes tard.

Elle arrive, fait un examen…et annonce que le bébé est bientôt là, il est 8h30

Elle appelle donc sa collègue et vers 9h tout le monde est opérationnel et les contractions commencent…

Le travail de la femme est très dur à ce moment-là et pour ma part je me demandais un peu ce que je devais faire… Durant tout le temps où j'ai été ambulancier (que ce soit dans le prive en France, au SAMU ou en Suisse) j'ai assisté à 9 accouchements, à chaque fois je savais quoi faire…mais là, je me suis senti un peu couillon il faut avouer… bref, L… marche à travers tout l'appartement, moi, je prépare une tasse de café aux sages-femmes et sors les biscuits… Puis la future maman, s'installe au lit, les cafés attendront…

La « poussée » commence, mais cette fois pas de « flexion, touchez, pause…. » (les rugbymen comprendront)… ça s'annonce long… Dawn et Creaghan (les sages-femmes) font un travail très pro… Elles conseillent à L… d'aller prendre une douche, durant une bonne demie heure, je masse le dos de L… à l'eau chaude, à notre retour de la salle de bain, elles ont installé serviettes, coussins, couvertures, juste devant la cheminée (que j'avais allumé au début des contractions)… et la poussée continue, il est midi !

Mais c'est long, très long et L… se fatigue… je regarde Dawn et attend une solution de sa part… elle me parle de partir pour l'hôpital, pour moi pas de souci, mais L… ne veut pas !!!

Alors on se fixe une heure, si le bébé n'est pas la avant 13h00…zou direction l'hosto !

 L… se met a pousser un peu plus fort, Creaghan commence à voir le dessus du crâne, elle me demande si je veux voir… mais je refuse, la raison : dans mes souvenirs, cette vision n'est pas très belle, et puis j'avais toujours entendu qu'un homme qui voit sa femme dans cet « état » la désirera moins par la suite….c'est une belle connerie…vous le verrez plus tard.

Pour essayer de vous imaginer la scène, L… est par terre sur un petit nid fait de couvertures, coussins et serviettes, contre le canapé, moi je suis à genou sur le canapé, à la tête de L…, Creaghan, à 4 pattes sur le plancher à guetter toute arrivée, et Dawn ausculte le cœur du bébé régulièrement.

Mais ça ne veut pas venir… Allez, dernière chance, nous retournons dans la chambre, et si dans 10 minutes, elle n'est pas là, on s'en va !

On se retrouve donc tous les 4 sur le lit, Kiwi (notre chat) reste sur le rebord de la fenêtre à nous observer… mais toujours rien, ça m'énerve, mais que ce passe-t-il ?

Et puis mince, je veux voir, et là, une belle vision, un petit haut de crane tout chevelu… « Oula, ma puce, vas y pousse, je vois notre bébé… »  et pour être honnête, cette vision reste un des meilleur souvenir…

Voyant la tête sortir millimètre, par millimètre, je peux mieux motiver L.… et je vois qu'elle pousse de plus en plus et de mieux en mieux surtout… Et puis autour de 13h15, une petite tête sort !!! Et quelques secondes après, le reste suit… c'est merveilleux… Les sages-femmes posent le bébé immédiatement sur L…, je coupe le cordon… Puis elle me demande de retirer mon t-shirt et de m'occuper du bébé…ici, on appelle ça le « skin to skin » (peau à peau).

Petite parenthèse, ces quelques lignes ci-dessus, sont faciles à lire mais dans la réalité, j'ai l'impression que tout est allé très vite et je me suis retrouve torse nu, notre fille dans les bras devant le feu sans me souvenir du moment précis où le corps du bébé sort…

Les sages-femmes s'occupent de L… dans la chambre et moi je suis tout seul, K... dans les bras âgée de quelques minutes seulement… les larmes montent…

Les soins postnataux se passent bien, je mets quelques croissants au four pendant que L… se prépare à donner le sein.

2 heures plus tard, nous nous retrouvons tous les 3 dans notre appartement… tout c'est bien passé…

Et c'est parti pour une nouvelle vie… alors ceux qui le peuvent, nous vous conseillons d'avoir votre enfant à domicile, évidemment, nous ne pouvons pas comparer mais nous pensons que cela rend le moment encore plus intime et pour ma part je pense que le papa est plus impliqué.

Si simplement

 

Notre bébé est arrivé à 1h23 du matin, il a alors fait jour en pleine nuit. Une fois dans nos bras tout était clair,  tranquillement installés tous les trois dans le canapé dans lequel il venait de naître nous ne nous posions plus aucune question.

Après 9 mois d'attente nous n'avons même pas regardé si c'était une fille ou un garçon,  seul le moment présent comptait,  ce petit être nous avait rejoints. On a vécu ce moment hors du temps sans aucune notion de ce qu'il se passait vraiment et avec cette magnifique petite fille notre famille était née.

Grâce à une grossesse sans difficulté et menée le plus simplement possible, sa naissance a été comme tout le reste, naturel et logique.

Nous n'avons pas pris la mesure tout de suite de ce qu'il se passait quand la poche des eaux s'est rompue au poulailler. Après 1h d'observations et de questionnement, le coup de fil à notre sage-femme nous a mis un coup,  notre bébé allait arriver tout soudain. Dès ce moment-là tout s'est suspendu, rien d'autre ne comptait. Le fait d'être chez nous nous a tranquillisé comme si nous étions protégés bien au chaud dans notre cocon et que rien ne pouvait nous surprendre. Notre sage-femme à renforcé ce sentiment par sa présence et sa force tranquille,  sachant nous laisser mener cet accouchement comme nous l'entendions.

Vivre le moment présent au maximum est probablement devenu un luxe pour certains et parfois on passe à côté car l'esprit est trop occupé ailleurs. Nous sommes impatients de renouveler cette expérience si particulière et ne pouvons que conseiller à chacun de suivre sa nature profonde pour pouvoir prendre toute la mesure de cet événement extraordinaire et tellement naturel. 

Merci encore Marjorie pour nous avoir accompagné le long de ce chemin tellement vrai et naturel à la base de tout dans ce monde à cent à l'heure.

Dans l’intimité

 

Nous sommes le matin du 22 mars. Le terme approximatif de notre cohabitation dans mon corps était au 15 mars, mais ni toi ni moi n'étions prêts à laisser la grossesse de côté. Ma dernière grossesse.

J'emmène ton frère à l'école. En revenant nous avons rendez-vous avec la sage-femme pour écouter ton cœur et voir comment tu vas. Ta grande sœur est très impliquée du haut de ses trois ans et veut connaître le moindre détail.

Sur un coup de tête je demande à la sage-femme si elle serait d'accord de faire un décollement des membranes. Elle accepte en me rappelant toutefois que cela peut très bien n'avoir aucun effet.

Le col est mou et ouvert d'un doigt. Elle fait le décollement avec facilité sous le regard appuyé de ma fille qui suit chacun de ses mouvements.

En partant elle me précise que c'est son anniversaire le lendemain et on lui dit en rigolant que peut être que bébé arrivera avant. Je me sens bizarre. Moi qui n'arrivait pas à accepter le terme de cette grossesse, je suis très excitée, émue... Ça remue beaucoup de choses. On rigole avec ton papa en imaginant divers scénarios de naissance.

A 11h, les contractions commencent de façon très régulière toutes les 10mn, mais de loin pas douloureuses. Je décide d'aller chercher mon fils à l’école histoire de marcher un peu, malgré les 4 étages à descendre et monter à chaque sortie et qui me font désormais l'effet d'une montagne à gravir.

La journée passe et les contractions continuent toujours très douces. Dans l'après-midi je vais faire quelques courses pour préparer le repas du soir pendant que papa déménage quelques cartons dans notre nouveau bâtiment.

Les contractions sont désormais toutes les 5mn et bien présentes mais pas douloureuses pour autant. Je dois m'arrêter de marcher et attendre que ça passe au milieu du magasin ce qui fait rire ta sœur.

On rentre et j'écris à ta marraine et à A… pour leur raconter l'avancée des choses. On rigole. Je leur explique que je n'ose pas prendre de bain chaud de peur que cela coupe les contractions et que je réalise que c'était juste un faux travail. Vers 15h je craque et je m'en fais couler un. Les contractions ne passent pas. A… prend régulièrement de mes nouvelles en lisant un livre à côté de la baignoire, W… joue aux lego dans la chambre. Papa a allumé la console de jeux et joue en réseau silencieusement.

Il passe prendre de mes nouvelles et je lui dis que je contracte toujours. Il devient fébrile et semble paniquer. Il court dans tous les sens, prépare le lit pour ne pas abîmer le matelas si j'accouche dessus, déplace des meubles et nettoie la maison. On aurait dit qu'il allait accoucher lui. Ayant peur qu'il me stresse alors que je suis dans ma bulle je décide de lui affirmer que tout va bien et que le travail s'est arrêté.

A 16h30 je préviens nana, ta grand-maman, que tu es en route et qu'elle peut venir prendre A… et W… pour la nuit. Deux heures de route allé simple l'attendent pour venir à la maison. Je suis zen je pense que bébé attendra la nuit pour venir. Papa repasse prendre des nouvelles. Je le préviens que dans le doute ma mère passe chercher les enfants. Il ne réagit pas vraiment et propose aux enfants de faire un jeu de société en attendant l'arrivée des grands parents. Pendant ce temps je prépare leurs affaires et les miennes pour les prochaines heures. Les contractions sont douloureuses. Je fais bonne figure pour ne rien montrer histoire de ne paniquer personne. Je sens que tout se met en place. Je demande à ma mère d'attendre en bas que papa descende avec ton frère et ta sœur, Je ne veux voir personne.

Je m'allonge sur le canapé. A… se love contre mon ventre et me câline. W…. s'installe dans mon dos et tente de me caresser le ventre. L'atmosphère est électrique, Ils sentent que les choses sont en train d'avancer et W… a du mal à gérer ses émotions et devient trop intrusif. J'ai besoin de ma bulle. Ton papa vient proposer aux enfants de s'habiller pour retrouver nana. Il rend l'ambiance légère et me laisse tranquille. Un beau père en or. Entre deux contractions j'embrasse les enfants. W… me dit:

"Si on va chez nana ce soir c'est pour que bébé arrive ? "

Les larmes montent. Je lui dis que oui et lui promet que je les appellerai dès qu'il sera là.

Ils descendent tous. Il est 18h44. Je me fais couler un second bain et je me remets dans ma bulle. Tout est prêt pour ton arrivée. Il nous reste peu de temps. Je suis très calme. J'entends la voix De ma maman en bas de l'immeuble.

Je me remets dans la baignoire. G… revient et s'assied à côté de moi. Il me demande si j'ai besoin de quelque chose. Je lui demande un bouillon à boire, ayant la tête qui tourne et peur de m’évanouir. À 19h il me demande s'il ne faudrait pas prévenir la sage-femme. On hésite. On a envie d'être seuls. Nos regards se croisent en silence. On se met d'accord pour lui dire de prendre tranquillement ses dispositions et d'entamer les 45mn qui nous séparent pendant que le travail avance de notre côté. Pas de stress.

Juste après j’ai besoin de sortir de la baignoire. Je demande de l'aide à G… pour me relever, Les contractions sont très douloureuses. Je marche le long du couloir quand elles commencent en me tenant aux murs et je me rhabille entre deux contractions. Je m'installe Sur le côté, Les jambes enroulée autour de mon coussin d'allaitement. La douleur est intense mais je gère. Je suis très calme, consciente de chaque seconde... G… est derrière mon dos et me caresse, m'entoure de ses bras et me passe du froid sur le fond. Gentiment je laisse des sons graves sortir de ma gorge à chaque contraction. Je sens que tu es descendu très vite. Et là j'ai envie de pousser. Ta tête est là, Je le sais. J'ai très mal et envie de hurler. Je me calme, Je préviens ton papa que dans trois contractions tu seras là. Les contractions me font hurler. La première pousse ton crâne contre mes doigts. Je panique un peu à l'idée que le col ne soit pas entièrement prêt ou de ne pas gérer la douleur. Très vite je reprends le dessus et me raisonne. Je demande à ton papa de tenir ma cuisse et surtout de découper ma culotte que je n'ai pas le courage d'enlever. On rigole. À la contraction suivante je pousse de toutes mes forces en hurlant à pleins poumons, sans doute avec le sentiment que cela va m'aider à te montrer la voie. Ton papa me dit que la tête est dehors, Je n'attends pas la contraction suivante et pousse encore pour sortir tes épaules. Ton papa t'attrape au vol. Il me dit de regarder vite. Tu es emballé dans ta poche des eaux, encore protégé du reste du monde. PAF. Elle éclate dans les mains de papa, Il libère ton visage et te pose Sur mon ventre. Je lui demande de m'aider à t'essuyer, Je décoince ton bras qui est pris dans le cordon ombilical, Je pleure, papa pleure. On se regarde l'air complètement ahuris en chuchotant "on l'a fait tout seuls.... "

Tu es né à 19h25.

Je n'atterris pas. Ça devait être beaucoup plus douloureux dans mon imaginaire... Et j'attendais cette phase de perte de contrôle, de perte de confiance... Je m'attendais à paniquer et à avoir envie d'abandonner. Mais non. Tu es là. C'était incroyable.

À 20h la sage-femme arrive, elle m'aide à expulser le placenta puis je te laisse sur ton papa et me lève pour aller prendre une douche, me rhabiller, boire un verre d'eau... Je suis tellement en forme que j'aurais pu vivre un second accouchement dans la foulée.

Tu es né il y a six jours, Mon amour. Tu as changé le cours de nos vies à tous les 4... Chaque seconde à tes côtés est magique. Je découvre en ton père un homme fabuleux qui veut vivre les réveils nocturnes, qui me soutient lorsque j'affirme avoir besoin que personne d'autre que nous ne te prenne dans les bras... Un père qui veut dormir avec toi ces trois prochaines années sans même y voir un quelconque inconvénient, qui te chuchote des mots d'amour en permanence et qui se comporte avec ses beaux enfants comme avec toi... Merci la vie.