Depuis la nuit des temps, la femme guérisseuse, sorcière, druidesse, chamane ou peu importe le nom qu’on lui donnait, mettait sa sagesse et ses connaissances au service de la communauté. Elle était respectée et écoutée. Ses champs d’action étaient vastes, elle communiquait avec les esprits, savait les plantes et leurs bienfaits, comprenait l’humain dans son unité, corps et âme.

Être sage-femme était plus qu’une profession, c’était un art et c’est ainsi que je le conçois pour moi également.

La femme sage œuvre dans la subtilité, elle s’adapte à l’humain et à son unicité. Elle est au service de la beauté de la vie. Elle est passeuse de vie et dans le passé était également passeuse de fin de vie et je m’y sens appelée pour l’avenir.

 

Voici la définition du rôle de la sage-femme selon la Confédération Internationale des sages-femmes et en rouge mon regard personnel.

 

« La sage-femme est reconnue comme une professionnelle responsable et garante de ses actes, qui travaille en partenariat avec les femmes et leurs accompagnateurs en donnant le support nécessaire dans les soins, l’information au cours de la grossesse, l’accouchement, la période postnatale et l’allaitement. L’information que je transmets provient de multiples sources et permets de se faire une opinion personnelle sans forcément suivre le chemin tout tracé proposé par habitude, confort et conditionnement. C’est l’occasion de se positionner et de faire de véritables choix pour sa santé. S’informer, comprendre, décider, affirmer et assumer.

 

Elle effectue les contrôles de grossesse, elle conduit tout l’accouchement sous sa propre responsabilité et accompagne les mères, les nouveau-nés et la nouvelle famille pendant la période post-natale et l’allaitement. Mon expérience m’a amenée à être de plus en plus discrète dans mon accompagnement de l’accouchement. En aucun cas je ne « conduis » cet acte qui appartient à la mère et à son enfant. Je suis simplement la gardienne de ce moment, je soutiens, rassure et encourage et n’interviens que très peu. C’est la femme qui enfante depuis la nuit des temps, elle en a toute la sagesse et les compétences, je lui fais entièrement confiance, ainsi qu’à son enfant.

 

Le travail de la sage-femme englobe des mesures préventives, la promotion d’un accouchement normal, le dépistage des risques et des signes de complications tant chez la mère que chez l’enfant, le recours à l’assistance médicale en cas de besoin et l’application des mesures d’urgence si nécessaire. Promouvoir un accouchement « normal » actuellement est un acte de rébellion tant la médicalisation a dénaturé « la norme ». Encore faut-il s’entendre sur le terme « normal » effectivement. Je préfère transmettre mon savoir au service de la naissance physiologique et naturelle qui n’est à ce jour pas la « normalité ». La diversité des naissances ne suit pas de protocoles, mais des étapes propres à chacune. Quant au dépistage, je le propose avec discernement et réflexion, afin de ne pas être guidé par la peur. Reprendre possession de son corps, faire confiance à son ressenti et adapter la science à ses besoins et non l’inverse. Ne pas nuire par excès d’intervention.

 

La sage-femme joue un rôle important dans l’information et l’éducation à la santé, non seulement pour les femmes, mais aussi au sein de la famille et de la collectivité. Son travail comprend l’éducation prénatale, la préparation à la parentalité. Son intervention s’inscrit dans la santé des femmes, la santé sexuelle ainsi que la santé de l’enfant. Je souhaite être une sage-femme dans toute sa diversité en m’adressant à toutes les générations. Transmettre la beauté d’être femme et surtout la puissance et la perfection de notre corps qu’il s’agit de comprendre, connaître et respecter. La médecine doit retrouver sa place de soutien en cas de problème, en dehors de cela, nous avons tout en nous et des compétences bien plus grandes que nous l’imaginons.

 

Amandine Martin, sage-femme, le corps de la femme a le secret de l'accouchement